Lévi-Strauss, droit d’inventaire
L’anthropologue Alban Bensa critique l’héritage et la pensée de la figure tutélaire qu’était Claude Lévi-Strauss, disparu il y a un an, et dénonce le retour d’un certain culturalisme.

L’anthropologie donne souvent une impression de « désuétude » , fleurant bon l’exploration de contrées sauvages, casque colonial sur la tête du chercheur. C’est par cette image que l’historien Lionel Richard introduit sa conversation avec ce grand spécialiste de la Nouvelle-Calédonie qu’est Alban Bensa, directeur d’études à l’EHESS et jadis proche du leader kanak assassiné Jean-Marie Tjibaou. Leur échange commence par interroger l’état d’une discipline autrefois à la pointe, voire dominante par rapport à l’ensemble des sciences sociales, à la grande époque du structuralisme, lorsque les travaux de Claude Lévi-Strauss, sa figure tutélaire dès les années 1950, offraient un cadre méthodologique et un programme de recherches à l’ensemble de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler les humanités. Sans renier les apports de la pensée lévi-straussienne, notamment sur l’étude de la parenté et des mythes, Alban Bensa se livre à une critique de ses limites, en particulier son évacuation de toute temporalité dans le but de déterminer certains invariants de toutes les sociétés humaines, comme la prohibition de l’inceste : « Pour construire
