Quelques idées à partager
Les cadeaux de Noël restant une tradition et un plaisir partagé en famille ou entre amis, voici une première fournée de livres, revues et films propres à armer l’esprit, le nourrir et l’euphoriser. Des livres et revues d’abord, qui posent les mêmes sempiternelles questions.
De quel droit politiques et marchands du temple acoquinés se permettent-ils de monétiser les échanges, d’aspirer la moindre donnée émise, de régenter les déplacements, les actes, les goûts, la vie en somme, de millions de personnes ? Dans Google God , Ariel Kirou évoque cette « douce machine aux multiples antennes applicatives [qui] enregistre et interprète la moindre demande », à laquelle vous avez donné votre « accord tacite » pour qu’elle vous « rende la vie objectivement plus pratique et plus agréable » . C’est gratuit, il faut juste lui livrer totalement votre corps de données…
De quel droit les États, garants des libertés de leurs citoyens, s’activent-ils à les ficher, les classifier, les surveiller, les biométriser, puis à trier, ségréguer, marquer certains du sceau de la suspicion ou de l’indésirabilité pour ensuite les assigner à l’exil, la relégation ou la seconde zone ? Ce mode de gouvernement par la peur – de l’ennemi intérieur comme extérieur – constitue la toile de fond du livre Les mauvais jours finiront, un bilan de 40 années de luttes du Syndicat de la magistrature. En filigrane de l’histoire de ces syndicalistes de choc et de quelques-unes de leurs victoires, celle de « la volonté politique de décourager la contestation sociale » , fortement réactivée par Sarkozy, et de son corollaire, « l’intrumentalisation consentie de la justice » . Cette chronique de mauvais jours qu’on voudrait finis pour enfin passer à autre chose fait écho à une autre publication récente, les Jours heureux. La compilation dirigée par Jean-Luc Porquet, ami plumitif du Canard, raconte l’histoire du fameux programme du Conseil national de la Résistance (mai 1944), un antidote aux fascismes et un projet, un esprit, à réactualiser pour la société qui devrait venir.
De quel droit la politique de la Ville nie-t-elle le droit à l’espace public ? Dans Une violence éminemment contemporaine , le sociologue Jean-Pierre Garnier dénonce le caractère sécuritaire des nouvelles architectures urbaines – requalification, gentryfication, etc. – visant à rendre à la consommation heureuse et rassurante des centres-villes dont on aura écarté racailles, sans-droits et salauds de pauvres. Sous couvert de réduire les « violences urbaines », elles préparent l’espace public à devenir le théâtre d’affrontements et de monitoring (via les caméras, drones, etc.) de guérillas urbaines annoncées. Des centres-villes où « risque bientôt de se poser… la fameuse question sociale, toujours éludée » . On trouve une analyse très complémentaire dans le n° 4 de l’excellente revue Z. La « zéquipe » y constate avec humour que, même habillés de vert-dur(abl)e, les projets d’éco-quartiers, d’aéroport ou de ferme éolienne en mer ont tout de capitaliste et rien de solidaire. Et qu’ils font violence aux indigènes – paysans, pêcheurs, habitants et néoruraux –, car « perdre son territoire, c’est perdre ce que l’on est » . Et suggèrent comme antidote, quelques comment vivre.
Plus de pourquoi et de comment la semaine prochaine…
Acheter, lire, en savoir plus :
• Google God : Big brother n’existe pas, il est partout, Ariel Kirou, éditions Inculte octobre 2010. http://www.inculte.fr
• Dossier « Du contrôle à la sousveillance » dans le n° 40 de la revue Multitudes http://multitudes.samizdat.net/-Multitudes-40-printemps-2010-en-
• Les mauvais jours finiront : 40 ans de combats pour la justice et les libertés, Syndicat de la magistrature, éditions La Fabrique 2010.
http://www.lafabrique.fr/ et le film Thomas Lacoste réalisé pour ce 40e Congrès du SM http://www.lautrecampagne.org/
• Les Jours heureux, Jean Luc Porquet, éditions La Découverte 2010.
• Une violence éminemment contemporaine, Jean-Pierre Garnier, éditions Contre-Feux Agone, 2010. Site : http://atheles.org/agone/contrefeux/index.html et blog : http://blog.agone.org/
• Z/Revue itinérante de critique sociale, son n° 4, les autres et sa fine équipe : http://www.zite.fr
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