Sur la finitude du monde : entretien avec Geneviève Azam
Toute société souhaite refaire le monde. « Aujourd’hui, il s’agirait non pas de le refaire mais de le sauver » pense Géneviève Azam, économiste à l’université de Toulouse et membre d’ATTAC France.
La société actuelle fonctionne sur la rentabilité à court terme des entreprises. Pour réaliser le maximum de bénéfices, celles-ci doivent penser leur développement au présent et non au futur. Les conséquences de ce type de raisonnements peuvent être catastrophiques. Le réchauffement climatique en est l’exemple le plus flagrant. Si les technologies alternatives, moins polluantes, ne sont pas rentables immédiatement, elles sont renvoyées aux calendes grecques alors que, d’un autre côté, le nucléaire monopolise le marché même si le retraitement des déchets radioactifs n’est pas prêt d’aboutir. La protection de nos écosystèmes ne semble pas s’inscrire dans le plan des puissants.
Le système de concurrence et de compétitivité transforme aussi le sens même du savoir. Dans la société dite de la connaissance, le savoir devient une marchandise, un investissement nécessaire qui permet de maximiser ses profits. Le « court-termisme » qui en résulte, relayé par l’idéologie scientiste, contribue à la perte du savoir. Une population moins savante devient vulnérable car elle ne peut faire face aux menaces extérieures. Souvenez-vous des habitants de l’île de Pâques.
« Une croissance infinie est impossible dans un monde fini car les ressources ne sont pas illimitées » explique Geneviève Azam. Les premiers économistes conscients de la finitude des ressources, Ricardo et Smith, détournèrent rapidement leurs regards de cette problématique avec l’essor du libre échange. Aujourd’hui, les économistes libéraux semblent occulter la question de la même manière : le libre échange est la solution à tous nos maux. L’ingénierie en est un triste exemple avec la construction de machines qui remplaceraient les abeilles disparues. Malheureusement, selon Geneviève Azam, la crise des ressources latentes devient critique avec le développement des pays émergents et l’universalisation de notre mode de consommation occidental. Le capitalisme prétend apporter un mieux-être mais ce modèle de production n’est pas lié aux besoins des individus. Les inégalités augmentent, les assises de la société se fragilisent et la confrontation entre l’Homme et la Nature est de plus en plus palpable.
Pour repenser le rapport Homme-Nature, Geneviève Azam propose de ne pas se leurrer sur la société actuelle qui n’a plus de Nouveau Monde à conquérir. Il lui paraît opportun de déconstruire l’universalisme actuel pour construire un universalisme universel…Alors, si on changeait de paradigme ?
Céline Trégon
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