Cantonales, Hauts-de-Seine : marchandages et châtiments, dans le fief du clan Sarkozy
Le poste de Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, sera remis au vote à l’issu du scrutin des cantonales, les 20 et 27 mars. Analyse de la situation dans ce bastion de la droite avec Patrice Leclerc, conseiller général communiste dans les Hauts-de-Seine.

Patrick Devedjian, l’ex-fidèle du président de la République candidat dans le canton de Bourg-la-Reine, se prépare à un duel frontal avec sa principale rivale, la très sarkozyste Isabelle Balkany, auto-parachutée dans le canton de Levallois-Perret Sud, plus «favorable». Le jeune Jean Sarkozy, 24 ans, ne sera pas candidat mais attend patiemment son heure. Analyse de ce Dallas à la sauce Hauts-de-Seine.
Politis.fr : Le bastion de Nicolas Sarkozy est acquis à la droite, mais elle se déchire en interne pour des enjeux de pouvoir…
Patrice Leclerc :
Depuis un moment, l’idée était que Jean Sarkozy prenne les commandes du futur Conseil territorial (après l’entrée en vigueur de la réforme des collectivités) en 2014. Le 31 mars, on réélira un président pour succéder à Devedjian et la droite cherchait quelqu’un pour assurer la transition. Il y a eu une tentative de monter une alliance du «tout sauf Devedjian», avec le jeune Sarkozy, Isabelle Balkani et Jacques Guillet. Ils ont réussi à lui prendre la direction de la fédération départementale de l’UMP.
Alain-Bernard Boulanger, le maire de Villeneuve-la-garenne, pourrait se présenter, comme Isabelle Balkany qui a changé de circonscription pour être sûre d’être réélue. Elle a fait démissionner Danièle Dussaussois du canton sud de Levallois-Perret, et l’a fait nommer au Conseil économique et social pour pouvoir récupérer ce canton qui est très à droite et ne pas perdre le sien, en ballottage.
On s’aperçoit aujourd’hui que Devedjian pourrait finalement rester pour faire la transition, parce que le père Sarkozy n’as pas envie d’avoir beaucoup plus de remous que ça dans les Hauts-de-Seine. Mais il est contesté pour sa gestion très libérale du département. Il a peu d’ambition politique et de très lourdes réductions budgétaires, il est isolé. Il tient au pouvoir, à mon sens, parce qu’il doit avoir des dossiers. Cela ne s’expliquerait pas autrement. Il a aussi été un fidèle de Sarkozy.
Jean Sarkozy est-il toujours aussi pressé ?
Il a rédigé une lettre commune il y a quelques semaines pour se positionner avant l’élection du futur président, mais il ne sera pas candidat à la succession de Devedjian. Il joue pour le coup suivant, donc il intérêt a apparaître comme le leader.
Il est président du groupe UMP au Conseil général et le dirige réellement lui-même, même s’il est bien entouré et que l’autorité du papa joue.
La polémique au moment de sa candidature à l’Établissement public pour l’aménagement de la région de la Défense (Epad) a été une leçon pour lui. Il a compris qu’il ne fallait pas paraître trop pressé sur la présidence du Conseil général. Son père lui fera aussi attendre après 2012 pour candidater dans les Hauts-de-seine.
Politiquement, comment est géré ce département, parmi les plus riches de France ?
Le plus dramatique selon nous est la politique du logement. En matière de logement social il y a moins de 3000 constructions par an alors qu’il en faudrait 5000. Il y a même des villes qui font aujourd’hui diminuer le nombre de logements sociaux.
Et puis l’État doit 597 millions d’euros au Conseil général dans le cadre des transferts de compétences. Alors nous demandons qu’un procès soit intenté à l’État pour récupérer cet argent, mais c’est loin d’être gagné.
Le département est aussi en pointe dans la privatisation des missions sociales. Jean Sarkozy a créé un groupe sur l’économie sociale et solidaire, mais dans la réalité on s’aperçoit qu’ils mettent en concurrence les entreprises d’insertions entre elles, ou avec des entreprises privées. Le département a par exemple expérimenté la gestion de l’insertion des RMIstes par des entreprises privées plutôt que par Pôle emploi. Un contrat avait été passé avec une entreprise privée. L’an passé, constatant l’inefficacité du système, la majorité a dû se résoudre à rompre le contrat.
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