Élections cantonales : « Le FN souhaite qu’une guerre interne éclate à l’UMP »
Plus de 15 % des électeurs ont voté pour le Front National au premier tour des cantonales, soit 3 à 5 % de plus qu’en 2004. Dimanche prochain, le FN sera donc au second tour dans 399 cantons (en Picardie, Paca, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais…). Un « résultat historique », s’est félicitée Marine Le Pen. L’analyse de Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême-droite.

Politis : Quelles sont les chances du FN au second tour des cantonales ?
Jean-Yves Camus : Le très bon score du FN au premier tour ne signifie pas qu’il en sera de même la semaine prochaine. En réalité, l’issue du second tour est entre les mains des électeurs de la droite républicaine qui voteront, ou non, pour le FN. Même à l’intérieur de l’UMP, les choses ne sont pas tranchées. Tout le monde n’est pas d’accord avec la stratégie de Jean-François Copé [secrétaire général de l’UMP] qui n’a pas appelé à la constitution d’un front républicain en cas de duel PS-FN au second tour. Si elle est un peu risquée, sa position a néanmoins le mérite de nous permettre d’y voir clair sur le comportement qu’adopteront les électeurs de droite. Mais quoi qu’il en soit, le nombre d’élus frontistes dans les Conseils généraux sera tellement infime qu’ils ne pourront pas peser sur les politiques locales.
Alors quelles sont les motivations du FN dans cette élection ?
Le FN a en ligne de mire l’échéance de 2012. Ces élections cantonales ont deux objectifs : en interne, il s’agit d’adouber la stratégie de Marine Le Pen à la tête du parti – même si les élus proches de Bruno Gollnisch ont eux aussi fait de bons scores. Au-delà, le FN n’espère qu’une chose : qu’une guerre de position éclate à l’intérieur de l’UMP entre les élus de base qui redoutent de perdre leur mandat, et la position de principe de la non-alliance. Si la droite perd la prochaine présidentielle, il y aura à nouveau à l’intérieur de l’UMP la tentation de l’alliance avec l’extrême-droite, comme cela s’était produit lors des régionales de 1998…
Les résultats des cantonales signifient-ils que la France est en train de se « droitiser » dangereusement ?
Non, parce que le FN est toujours autant rejeté par la population, et parce que beaucoup d’électeurs n’ont pas une vision très claire de ce pour quoi ils votent. Dans ces cantonales comme dans d’autres élections, on retrouve sans surprise les fondamentaux habituels du vote FN : le rejet de la classe politique, l’hostilité vis-à-vis des étrangers, la sensation que la société multiculturelle ne fonctionne pas… Le vote FN a toujours été un vote entho-centré, un vote de repli.
Par contre, force est de constater que la lame de fond qui a commencé il y a une dizaine d’années porte ses fruits aujourd’hui. Le FN bénéficie avec un décalage dans le temps d’une coupure entre l’électorat et les partis traditionnels. Pour résumer, je dirais que les déterminants du vote n’ont pas changé, mais que le seuil d’acceptabilité du FN lui, est nouveau. La stratégie de Nicolas Sarkozy et du gouvernement – qui ont sous-estimé les ressources électorales du FN – a en tout cas complètement échoué : la droite se prend aujourd’hui le retour de bâton de sa victoire de 2007.
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