Japon: la catastrophe nucléaire n’a pas grand chose à voir avec le séisme et ses milliers de morts. L’indécence de Ségolène Royal atomise le PS

Claude-Marie Vadrot  • 14 mars 2011
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La situation plus que difficile de plusieurs réacteurs nucléaires japonais dont au moins un en phase préliminaire de fusion, n’a en fin de compte par grand chose à voir avec le tremblement de terre et le tsunami. Si onze d’entre eux se trouvent en détresse, au point que certains sont menacés d’explosions, c’est tout simplement parce qu’ils ont été arrêtés en urgence, brusquement, sans la moindre précaution préalable. Comme si on coupait soudainement le contact d’une voiture lancée à 130 kilomètres heure, comme si un TGV lancé à 300 kilomètres heure devait opérer une freinage d’urgence : la brutalité de la manoeuvre ne peut qu’entraîner des désordres techniques, la sortie de route ou des rails. Avec la clé un crash aux conséquences imprévisibles.

Les réacteurs en fonctionnement n’ont pas été arrêtés par le tremblement de terre, mais à cause du tremblement de terre par application d’une procédure automatisée qui les a endommagé.

Ils ont été secoués par la brutalité de la secousse infligée, par un traitement que les ingénieurs les plus téméraires n’ont jamais osé expérimenter. Car l’arrêt brutal secoue brusquement le fonctionnement délicat du réacteur, le système de refroidissement et tous les éléments de pilotage de la salle de commande. Un arrêt automatique programmé déclenché automatiquement par la secousse du séisme et qui agit comme un coup de poing, un choc dont nul n’est en mesure de prévoir les conséquences. Un remède pire que le mal. Car aucun réacteur, au Japon comme en France ou ailleurs, n’est véritablement capable de résister à un tel mauvais traitement, même si ce genre d’arrêt a été théoriquement envisagé. Ensuite, comme l’opérateur du nucléaire japonais est privé, ses responsables ont pensé à leur avenir…financier. Ils auraient pu immédiatement noyer tous les réacteurs en cause, mais cela revenait à les détruire définitivement. En choisissant de tenter de les sauver, ils ont pris un maximum de risques.

En fait, ce sont les caractéristiques et la dangerosité du combustible qui posent problème…, tremblement de terre ou pas. Et Madame Ségolène Royal fait preuve de beaucoup d’ «indécence» pour reprendre ses propos, comme beaucoup de politiques de droite, en opposant les victimes du Tsunami à la menace de la catastrophes nucléaire et en reprochant aux écologistes de réclamer un débat et un référendum maintenant. Personne, sauf peut-être les Tartuffes du PS et de l’UMP, n’oublie les milliers de morts mais les écolos pensent aux éventuelles victimes à venir et à des terres qui pourraient être stérilisées pour des centaines d’années!

Aucun réacteur (nucléaire…) du Japon ou du reste du monde, quelle que soit la filière, n’est à l’abri d’un arrêt d’urgence qui fait passer en 10 secondes la puissance nominale de 500 à 1400 à une dizaine de mégawatts : une tempête comme celle de 1999, un fou qui appuie sur le bouton rouge de la salle de contrôle, un terroriste ou une erreur de manipulation. Les hypothèses sont nombreuses qui peuvent transformer un réacteur en piège incontrôlable. Les ingénieurs nucléaires les plus optimistes en parlent souvent entre eux. Mais cet aspect de la technique nucléaire est tabou. Tout comme le sont les conditions d’évacuations en cas d’accident grave ou de catastrophe. Tous les spécialistes de la cellule de crise de l’IRSN de Fontenay aux Roses l’avouent : si nous donnons un ordre d’évacuation pour cause de rejets radioactifs, nous ne parviendrons pas à éviter un gigantesque embouteillage qui exposera pendant des heures les automobilistes aux radiations.

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