Tout Va Bien Se Passer, Jun’ichirō: T’Es Sous Régime Capitaliste
À quelque chose, malheur est bon, dit très justement un vieux dicton berrichon, et cela se vérifie, aussi, dans la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon), qui peut, certes, nous inquiéter (puis nous attrister, car ce n’est jamais sans peine que nous voyons, fût-ce à l’autre bout du monde, des gens devenir soudain phosphorescents, durant que des bras poussent à leurs salades), mais où nous pouvons, tout de même, trouver de vrais motifs de liesse collective, dans le constat (déjà cent fois fait par d’avisé(e)s journalistes), par exemple, que les Japonai(se)s, dont le caractère s’est forgé dans leur longue fréquentation d’Amitābha, savent rester dignes, sous le röntgen (conviens que ça nous change de l’infantile agitation de l’Haïtien(ne) tsunamé(e)) – ou dans celui, non moins rassérénant, que ç’aurait pu être bien pire, Jun’ichirō : t’aurais pu, de surcroît, vivre sous un régime communiste, plutôt que capitaliste, et là, oui, là, mon gars, t’eus été dans une très collante mélasse.
Car en effet: c’est (aussi) dans les moments de catastrophe nucléaire, que l’horreur communiste apparaît pour ce qu’elle est – quand ces moments sont plutôt, sous régime capitaliste, l’occasion de chanter en canon que c’est pas chez nous qu’on verrait ça.
Après Tchernobyl, nous découvrîmes ainsi, sans vraie surprise (car nous savions, par les travaux de feu Jean-François Revel, que «better dead than red» ), mais avec effroi, que les communistes russes avaient gravement (mais sciemment) négligé de sécuriser leurs complexes atomiques – après quoi, rappelle-toi, nous nous réfugiâmes, pour nous rassurer (et pour ce que rire est le propre du Français dont le Carignon jure que le gros nuage radioactif se détournera de ses cultures maraîchères), dans un lâcher de grosses vannes, du style, c’est bien, chez toi, Olga, c’est coquet, mais quel dommage que tu aies ces trois grosses centrales bulgares, au fond de ton potager.
Alors que là, après Fukushima?
Nous découvrons, au contraire, que les capitalistes japonai(se)s ont gravement (mais sciemment) négligé de sécuriser leurs complexes atomiques, et ce n’est pas du tout la même chose: dans le cas communiste précité (CCP), cette négligence, criminelle, était soclée dans une idéologie mortifère, tandis que dans le cas capitaliste nippon, elle répondait au louable souci réformiste de ne pas se laisser pourrir le bilan comptable par deux joints mal serrés dans le réacteur numéro 4 – parce que bon, on sait comment ça se passe, on commence par chipoter pour des touuutes petites conneries, genre un touuut petit boulon mal serré, et en deux temps trois mouvements on se retrouve en pleine horreur communiste, et nous, pardon, mais si c’est pour finir au goulag, on préfère, de très loin, «fausser les données transmises aux autorités de contrôle» (comme dans ce vieux film avec Jane Fonda, comment ça s’appelait, déjà?)
Itou: après Tchernobyl, les communistes menteurs (c’est un pléonasme), avant de reconnaître qu’ils étaient jusqu’aux cils dans la m… Dans les ennuis, ont délibérément minimisé l’ampleur du désastre, par de trompeurs communiqués narrant que tout allait bien, madame la marquise, gadez, je mets même dans mon samovar l’eau du refroidissement du réacteur abîmé, et ça ne me fait abs… Aaah… AAAH…
Mais rien de tel au Japon d’après Fukushima, où les capitalistes ont plutôt minimisé l’ampleur du désastre, avant de lancer finalement un «“SOS” tardif» [^2], assorti de ce laconique mais informatif commentaire: «En fait, non, t’as raison, on maîtrise que dalle, ça fuit de partout, on dirait Tchern… Aaah… AAAH…»
Puis aussi: après Tchernobyl, les criminels communistes ont mis d’entiers jours à se décider à procéder à «l’évacuation tardive» des populations irradiées – faisant dire à feu Jean-François Revel que «décidément, Georges Marchais a (vait) beauuucoup de mort(e)s sur la conscience» .
Alors qu’après Fukushima, le gouvernement n’a mis que d’entiers jours à se décider à envisager «une évacuation totale dans» un «rayon de 30 kilomètres» [^3] autour de la centrale.
En résumé, les crapules communistes (encore un pléonasme) ont, dans le meilleur des cas, géré l’après Tchernobyl en lâchant au compte-goutte des informations difficiles à interpréter: au temps pour la гласность (dont feu Jean-François Revel avait d’ailleurs bien vu qu’elle n’était que «poudre aux yeux et endormissement de l’Occident, tenez votre vigilance tournée vers le boulevard de la Villette, 75019, Paris, mâme Dupont, c’est de là que débouleront sous quinze jours les divisions blindées du Pacte de Varsovie» ).
Alors que les capitalistes assument au contraire, dans l’après-Fukushima, «une gestion de crise qui lâche au compte-gouttes des informations difficiles à interpréter» [^3].
Rien de commun, donc, entre l’ignominie communiste (telle qu’elle nous la redécouvrîmes après Tchernobyl) et la réconfortante certitude que les capitalistes veillent sur notre bien-être (telle que nous la redécouvrons après Fukushima).
Sans quoi, tu penses bien: nos clercs de médias, dont nous savons le constant souci d’être équanimes, n’auraient pas manqué de fustiger l’horreur capitaliste avec la même détermination qu’ils mirent, en 1986, à tancer la Russie rouge.
Or, tel n’est pas le cas: les bourses vont bien, merci pour elles – aucun tendancieux journaleux ne vient leur gâcher le dividende par de malpolies considérations.
«L’indice Nikkei a gagné 249,71 points» , au grand soulagement de la presse économique: sous les sieverts, le business continue.
[^2]: Libération , 29 mars 2011.
[^3]: Le Monde , 30 mars 2011.
[^4]: Le Monde , 30 mars 2011.
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