Les Couleurs de la montagne
Ce n’est pas un hasard si c’est sur le mur de l’école que se joue la partie la plus politique. Et devant ce mur, quand la jeune enseignante fraîchement débarquée lance aux élèves : « Cette école est à vous, personne ne doit vous la prendre ! » Alors les enfants osent recouvrir le slogan : « Guérillero, prends l’uniforme ou meurs en civil. » Lui-même recouvrant un appel aux armes. L’armée et la guérilla, ces deux pouvoirs qui exercent une violence sanguinaire dans ce petit village colombien, disparaissent ainsi sous une fresque naïve, pimpante de couleurs. Un pur fantasme. Car la pression fait repartir chaque nouvelle enseignante, et les familles fuient l’une après l’autre. Les parents tremblent, harcelés par des ombres en ponchos, inquiétés par le survol d’un hélicoptère. Pris entre deux feux. Premier long-métrage de Carlos César Arbeláez, les Couleurs de la montagne est filmé de leur point de vue, notamment celui de Manuel, 9 ans, qui n’a qu’une obsession : jouer au foot. Sauf que son ballon tombe dans un champ de mines, où il n’aura de cesse d’aller le récupérer. Symbole du rêve prisonnier et du danger permanent. Rares sont les films qui parviennent à superposer les points de vue avec une telle pertinence : le monde des adultes et celui des enfants, la vie quotidienne et la situation politique, la violence et la douceur, mais pas de fractures entre, juste des lignes de démarcation sur un même terrain et des événements qui imposent d’être grand.
_I. M.
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…

« Le Piège de Sainte-Soline », mégaboucherie policière

Cinemed : le cinéma égyptien, ou le pouvoir de l’ingéniosité

Marilou Aussilloux : « Ce n’est pas facile de trouver sa place dans le chaos »








