DSK comparait devant le tribunal des condamnés d’avances

Politique

Dominique Strauss-Kahn a été jugé par contumace lundi soir au Théatre Dejazet de Paris par l’équipe de « Là-bas si j’y suis ». Une mise en scène politique drôle et instructive, qui sera bientôt programmée sur France Inter. Reportage.

Erwan Manac'h  • 3 mai 2011
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DSK comparait devant le tribunal des condamnés d’avances
© Photo : AFP / Jim Watson

Après Chirac, BHL, Sarkozy et Bernard Kouchner, c’était lundi soir au tour de Dominique Strauss-Kahn de comparaitre devant le TDCA (Tribunal des condamnés d’avance) de Paris, au Théatre Dejazet. Le futur ex-patron du Fond monétaire international était jugé pour « vol et usurpation de valeurs de gauche, privatisation à outrance, manipulation d’opinion, appauvrissement avec préméditation des peuples grec et portugais avec prêts inappropriés (…) ». Le tribunal, dressé par l’équipe de Là-bas si j’y suis, devait donc statuer sur une grande question : « Dominique Strauss-Kahn est-il de droite ? ».

Dans le rôle des juges et parties civiles : les « amis modestes et géniaux » (AMG) de Là-bas si j’y suis, les amis de Fakir et le Cercle vélocipédiste marxiste de Vincennes (CVMV), « le seul Think tank à avoir accepté de venir témoigner » . *Tous venus clouer au pilori un homme politique accusé d’une des plus grandes traitrises de l’histoire de la gauche, devant une salle pleine et conquise à la cause.* Le présidentiable est défendu, en toute mauvaise foi, par Maître Christophe Clerc et Maître Jean-Marc Daniel, contradicteurs avisés et fins rhétoriciens.

C’est tout d’abord Dominique Strauss-Kahn l’ancien ministre de l’économie et des finances (1997-1999), qui est passé au détecteur d’incohérences politiques. Gérard Filoche, conseiller national du PS, est appelé à témoigner sur les agissements du présumé coupable sous l’ère Jospin. « DSK est-il le créateur des 35h ? » demande Daniel Mermet, président du tribunal. Au contraire, tranche l’ancien inspecteur du travail dans un premier témoignage très enlevé. « Au début des années 1990 dans les congrès du PS, DSK était un opposant acharné à la réduction du temps de travail » .

Témoin sur la politique fiscale de l’ancien ministre, Michel Husson, statisticien, dépeint le portrait d’un économiste qui s’inscrit à droite. « DSK était un partisan de la rigueur, explique le chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Il s’est même beaucoup gargarisé d’avoir « réduit les déficits et mené une politique de stabilisation de la dette pour rentrer dans les critères de Maastricht. Lorsqu’il était au ministère de l’économie, les recettes de l’État ont également commencé à baisser. Il a aussi beaucoup fait pour repousser la mise en débat de la taxe Tobin. » Sans oublier, rappelle Gérard Filoche, que Strauss-Kahn a soutenu la réforme des retraites en estimant que le PS ne devait pas rentrer dans le débat.

Autre dossier noir du futur candidat probable : les privatisations. « DSK est-il le plus grand privatiseur ? » interroge Daniel Mermet, appelant à la barre l’économiste Jacques Cossart. « DSK n’est pas le plus grand privatiseur… déçoit d’entrée le secrétaire général du Conseil scientifique d’Attac, car il n’est pas tout seul. Mais c’est le plus grand prêtre de la privatisation du gouvernement Jospin. » Et la gauche de Lionel Jospin, « est-elle la plus grande privatiseuse ? » insiste le président du tribunal. « Pas exactement, répond Jacques Cossart. Mais les trois gouvernements de droite entre 1986 et 1997 ont vendu la propriété publique pour 36 milliards d’euros. De son côté, le gouvernement Jospin a vendu pour 31 milliards d’euros… en cinq ans. »

La bande à Mermet s’amuse, mais les interventions ont été sérieusement préparées. Ironies pince-sans-rire, jeux de rôle loufoques et envolées rhétoriques : le ton tient plus d’une franche rigolade entre amis que de la comédie politique. Mais le public semble en avoir pour ses 18 euros.

À la barre, le journaliste Philippe Cohen est venu parler de Dominique le médiatique, qui bénéficie du soutien unanime des grands groupes de presse pour services rendus : Lagardère depuis la privatisation d’EADS, Bolloré, dont Stephane Foux, conseiller politique de DSK, est proche… « Et puis Strauss-Kahn a également le soutien de tous les « intellectuels » Français, estime Philippe Cohen. Bernard Henry-Lévy et Stéphane Hessel… »

Le cinéaste et romancier Gérard Mordillat, procureur du TDCA de Paris se fend enfin d’un éloquent réquisitoire. « DSK est un homme de gauche postmoderne : un homme de gauche de droite. Il est et sera le grand traître de la gauche. C’est ce traître que je vous demande de condamner à découvrir le réel. À vivre avec sa femme et ses enfants à Sarcelle (…) et à découvrir la vie de millions de travailleurs et de travailleuses pour qui FMI signifie Fins de Mois Impossibles. »

Dans un bref plaidoyer Jean-Marc Daniel, l’avocat d’un soir, ne préfère pas trop s’étendre au risque d’accabler son client. Il s’offre pourtant une dernière pirouette rhétorique, pour en finir. « Je vais simplement me référer à Ledru-Rollin, qui était un leader de la révolution de 1848. Un jour il était interrogé sur une décision aberrante qu’il avait prise : il répondit « je suis obligé de les suivre parce que je suis leur chef ». Ce que propose la défense, c’est que si vous voulez que DSK vous suive faites-en votre chef… »

L’argument n’a visiblement pas convaincu l’auditoire.


Des extraits de ce procès seront diffusés dans l’émission quotidienne Là-bas si j’y suis, à 15h sur France Inter après le 16 mai. La date de diffusion n’est pas encore programmée.



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