Tunisiens de Paris : la stratégie du pourrissement

Les interpellations de Tunisiens arrivés à Paris après la chute de Ben Ali se poursuivent. La situation sociale est gérée dans l'urgence par les collectivités et des associations débordées. Une stratégie du blocage entretenue par le gouvernement qui espère ainsi décourager les migrants.

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Plusieurs semaines après le cri d'alarme lancé mi-avril par les associations, la situation reste bloquée pour les centaines de migrants tunisiens arrivés par l'île italienne de Lampedusa à la suite de la destitution de Ben Ali.

Les interpellations se poursuivent et une minorité est renvoyée vers l'Italie, qui a délivré 6 000 titres de circulation dans l'espace Schengen. Ceux qui sont interpellés avec leur passeport sont renvoyés directement en Tunisie, mais les autres - une majorité - sont relâchés pour vice de forme ou avec une obligation de quitter le territoire sans effet.

Dans le même temps, la situation sanitaire et sociale reste critique pour les migrants, malgré l'aide d'urgence délivrée par la mairie de Paris fin avril. « Pour ceux qui sont dans la rue la situation est difficile, il y a une épidémie de gale qui commence malgré les permanences de Médecins du Monde et le travail des associations » , explique Gilles Lemaire, de l'association FTCR. Dans la capitale, un gymnase municipal est occupé par les Tunisiens depuis dimanche 8 mai, dans le Xe arrondissement, avec le soutien de la Coordination des intermittents et précaires qui les avait déjà accompagnés dans un premier squat, évacué le 4 mai.

Les associations d'accueil des sans-domiciles et des migrants, déjà débordées avant la crise actuelle, ont d'énormes difficultés à réagir efficacement, alors que le manque de place était déjà criant dans les centres d'hébergement. « Nous ne pourront pas aller plus loin, prévenait vendredi 13 mai Pascale Boistard, adjointe au maire de Paris chargée de l'intégration et des étrangers non communautaires, alors que la municipalité avait annoncé un triplement de son aide ponctuelle 1. Nous avons rouvert un foyer hivernal, mais ce sont des structures cofinancées par l’État, nous ne pouvons donc pas en assurer la gestion seuls dans l'urgence , explique Pascale Boistard. Les associations manquent de personnel pour les faire fonctionner et, pour la plupart, les bâtiments ne nous appartiennent pas. »

L'étau s'est aussi resserré sur la frontière franco-italienne. Les arrivées de Tunisiens ont fortement diminué à Nice, d'après le témoignage des associations locales, alors que 1 300 migrants, dont 200 Tunisiens, sont encore arrivés sur l'île italienne de Lampedusa en fin de semaine dernière. « Il y a beaucoup moins de monde à Vintimille , [ville italienne à 8 km de la frontière], explique Teresa Maffeis de l’Association pour la démocratie à Nice (ADN). Un centre de la Croix rouge accueille environ 130 personnes et une trentaine reste à la rue. Mais la tension monte, car c'est psychologiquement très dur pour ceux qui ne font rien de la journée. Ils sont dans un état dépressif avec des moments d'abattement très importants. »

Certains migrants souhaitent désormais rentrer dans leur pays, mais jugent le montant de l'aide au retour volontaire insuffisant. Pour une personne qui a passé plus de trois mois sur le sol français, cette incitation au retour est de 2000 euros. Pour les Tunisiens, arrivés depuis moins de trois mois, le chèque se réduit à 300 euros alors que la traversée leur a coûté autour de 1000 euros, souvent au prix d'importants sacrifices dans leur pays.


  1. Une enveloppe de 345 000 euros permettra la mise à disposition de 300 places d'hébergement avec la réouverture d'un centre et d'urgence hivernal et des logements en chambre d'hôtel. Des distributions alimentaires et de kits d'hygiène et une prise en charge médicale sont également proposés aux migrants. 


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Photo : AFP / citizenside.com

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