Carrefour : les comptes d’apothicaires des actionnaires face au ras-le-bol des salariés

Quatre syndicats de Carrefour s'étaient réunis mardi matin au cœur de Paris pour s'opposer à la scission du groupe décidée au même moment en assemblée générale. Ils dénoncent la gestion de l'entreprise, dictée par la rapacité des actionnaires. Reportage.

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« Les salariés ne sont pas des jambons ! » Sous une forêt de drapeaux et de banderoles, entre le Conseil d'Etat et le palais du Louvre, au centre de Paris, les délégués syndicaux du groupe Carrefour de toute la France se sont réunis, ce mardi, contre la vente de la filiale Dia. La chaine internationale de hard discount , encore appelée ED en France jusqu'à l'an passé, sera vendue par le groupe Carrefour pour 4 milliards d'euros.

Réunis en intersyndicale avec le soutien d'organisations européennes, les salariés s'opposent à un « démantèlement » du groupe et craignent de perdre leurs droits sociaux (lire le communiqué). « Nous n'allons pas laisser tomber nos collègues de Dia. Pour eux, la scission signifie d'ici 15 mois la perte de tout ce que nous avons négocié dans le cadre des accords d'entreprise » , explique Armel Ringot, délégué national CFDT de Carrefour Market à Boulogne-sur-Mer.

Cette scission était défendue par les deux principaux actionnaires de Carrefour, le fonds d'investissement Colony Capital et Bernard Arnault (14 % du capital et 20 % des droits de vote à eux deux), qui veulent compenser la chute du titre de 45 à 30 euros depuis leur entrée au capital du groupe. Chafouins, ils demandent désormais un retour sur investissement. Un dividende exceptionnel leur sera donc versé grâce au fruit de la scission ; en définitive, Carrefour ne récupérera rien de la vente de sa filiale Dia.

La nouvelle a du mal à passer auprès des syndicats qui dénoncent une recherche effrénée de rentabilité au mépris des droits salariaux. « Beaucoup de magasins Dia ne sont pas en état de fonctionner et 45 % d'entre eux sont gérés en "location gérance" qui est la dernière marche avant la franchise. Les droits salariaux sont bafoués » , raconte Aline Levron de la CFDT Commerce.

Dans ce contexte, Carrefour enregistre des résultats peu encourageants et les salariés craignent pour leurs emplois, alors que 8 000 postes ont été supprimés en deux ans, d'après le décompte des syndicats. « C'est la crise et la direction du groupe veut continuer à faire des profits comme à l'habitude , analyse Jimmy Aglas, délégué CGT Carrefour à Stains. Après Dia, ce sont les hommes qui vont être sacrifiés pour satisfaire les actionnaires. »

Le ras-le-bol des employés

En moins d'un an, les salariés du premier employeur privé français se sont mobilisés à trois reprises. Après la condamnation le 15 février de plusieurs magasins qui payaient leurs employés en dessous du salaire minimum, les négociations salariales musclées et la scission du groupe, le désaccord touche désormais un projet de « nouveau modèle opérationnel ». Le plan introduit le travail de nuit, augmente la pluridisciplinarité et s'accompagne d'une réduction du nombre de cadres. « Notre métier aujourd'hui se résume à du remplissage » , regrette Jimmy Aglas. Signe révélateur du ras-le-bol, dans un secteur très difficile à mobiliser, la quasi totalité des organisations syndicales se sont rassemblées ce mardi. « Même les cadres sont avec nous, c'est inédit » , remarque Jean Luc Graison, délégué CGT Carrefour à Stains.

« Ce que nous demandons, c'est simplement que la direction recommence à réfléchir comme des commerçants, avec une stratégie pour répondre aux attentes de la clientèle , conclut Aline Levron. Aujourd'hui, on ne fait plus de commerce, la direction raisonne exclusivement dans le sens des financiers. »

Illustration - Carrefour : les comptes d’apothicaires des actionnaires face au ras-le-bol des salariés


Photo : AFP / Lionel Bonaventure

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