Opération Bienvenue Palestine : « Nous sommes venus en paix, cela les a terrorisés »

Après quatre jours d'incarcération en Israël, les militants français de l'opération Bienvenue Palestine ont été expulsés en début de semaine dernière. Salim, 33 ans, raconte à Politis.fr sa surprise et sa déception à l'arrivée à Tel Aviv. Récit.

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Il voulait découvrir Israël et la Palestine, rencontrer les cultures et sonder les espoirs : Salim B., dépanneur informatique de 33 ans et « citoyen du monde » , a pris part à l'opération Bienvenue Palestine. Avec des centaines de militants pacifistes, il devait rallier Bethléem, via Tel Aviv, par les airs, au départ des aéroports européens, jeudi 7 juillet. Il raconte une expérience « traumatisante » , qui a fait de lui, plus que jamais, « un militant pour la paix » .

«  À notre atterrissage à l'aéroport de Ben Gourion de Tel Aviv, l'avion a été encerclé par environ 200 militaires, sur un coin reculé du tarmac. Mesures visiblement exceptionnelles, le commandant de bord nous a appelés un par un, pour nous faire sortir sous une escorte impressionnante et confuse. Les Européens et les Israéliens ont été séparés, nos passeports ont été récupérés.

Nous sommes passés un par un devant le guichet délivrant les visas, sous l’œil de deux caméras et des nombreux caméscopes que les militaires pointaient sur nous. Les effectifs policiers étaient impressionnants. J'ai expliqué que je souhaitais visiter Israël et la Palestine, découvrir les cultures et faire des rencontres. On était attendu pour un échange avec des habitants de Bethléem. Le dialogue a été bref, le douanier intangible souhaitait surtout savoir si j'avais l'intention de me rendre en Palestine. L'accès au territoire israélien m'a finalement été refusé, car j'avais selon eux « l'intention de commettre des troubles » .

On a été conduit en détention à bord d'un fourgon cellulaire vendredi 8 juillet au soir. Il s'agissait théoriquement de « rétention » mais nous étions clairement en prison avec seulement une heure environ de promenade deux fois par jour. Il y avait entre 6 et 10 personnes par cellule. Aucune visite médicale, aucun coup de téléphone ne nous ont été accordés. Nos familles sont restées sans nouvelles pendant plus de trois jours. Nous sentions beaucoup de haine dans le regard des gardiens.

Avec une quinzaine de ressortissants français, arrivés d'ailleurs et parfois sans rapport avec l'opération Bienvenue Palestine, nous avons été reçus par la consul de France. Son attitude nous a glacé. Elle était sur la défensive et nous estimait responsable de la situation. Nous avons été traités comme des sous-citoyens.

Nous n'avons jamais réussi a obtenir un document précisant les motifs du refus d'admission sur le territoire israélien. Nous souhaitions refuser de signer le formulaire d'expulsion, car nous voulions être présentés devant un représentant du ministère de l'Intérieur, comme c'est habituellement la procédure, pour l'obliger à statuer et motiver son refus. Il devait aussi nous entendre et transcrire nos propos dans son rapport. Mais aucun formulaire ne nous a été présenté, personne n'est venu nous écouter. Nous sommes tombés sur une loi d'exception et les procédures israéliennes n'ont pas été respectées. Nous avons été renvoyés vers l’Europe lundi 11 juillet, pieds et poings menottés dans le fourgon qui nous menait à l'aéroport.

Sur le plan du droit international, il n'existe officiellement aucun blocus sur la Cisjordanie ; pourtant, nous nous apercevons de la paranoïa des autorités israéliennes. Elles mènent un blocus illégal jusque dans les aéroports européens. Il est logique, vu le contexte, que les contrôles soient renforcés aux frontières, mais il y a une différence avec la procédure discriminatoire et excessive que nous avons subi. Même la cinquantaine de personnes venue nous soutenir à la sortie de l'aéroport a été embarquée.

Nous ne sommes pas antisémites, seulement des militants pour la paix et les droits humains. Nous sommes contre le colonialisme, quelle que soit la région du globe qui est concernée. Nous avons pourtant été traités comme des terroristes avec des méthodes policières. Nous sommes venus en paix et cette idée les a terrorisés.  »


Illustration - Opération Bienvenue Palestine : « Nous sommes venus en paix, cela les a terrorisés »
9 juillet 2011 : des manifestants sont interpellés à Paris par la police française. Ils demandent la libération des participants à l'opération Bienvenue Palestine, incarcérés en Israël.


Photo : AFP / Michel Stoupak / citizenside.com

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