La rentrée littéraire des uns …

… l’entrée d’autres en littérature !

Bernard Langlois  • 3 septembre 2011
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Tiens, pour marquer le coup de la rentrée littéraire de ce mois de septembre, avec ses montagnes de bouquins (où culminent quelques auteurs, toujours les mêmes, dont cette dame belge au grand chapeau, voyez ?), je vais vous dire deux mots de premiers romans, tenus sous le coude depuis un moment.

C’est toujours touchant, l’entrée en littérature de gens qui n’en attendent peut-être pas grand chose, hors un certain plaisir narcissique (« J’imagine que le plaisir est grand de se voir imprimé », dit Magdelon …), ou qui au contraire nourrissent l’espoir secret d’une reconnaissance qui les installerait au pinacle.

Espoir le plus souvent déçu, bien sûr : comment être remarqué dans ce flot qui déferle sur les bureaux de critiques débordés ? Et comment trouver un public si la presse ne fait pas écho à vos écrits ?

Alors quelques mots pour attirer votre attention sur :

Comme si rien ne s’était passé, de André Thomaso [^2] : l’action se situe à Paris, au printemps 2006,

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au plus fort des mobilisations contre le projet du CPE (contrat première embauche) du gouvernement Villepin, qui sera finalement retiré. Un petit groupe de militants, excédé tant par la répression policière que par la complaisance de la presse envers le pouvoir, enlève un journaliste connu, qui se révèle être de leur côté … A travers cette fiction sympathique, une réflexion humaniste sur notre société à la dérive, où le moins qu’on puisse dire est que la situation ne s’est pas améliorée depuis la parution du livre !

Requiem pour un thon, de Romain Chabrol [^3] : très politique aussi, versant écologie

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un polar bien informé (l’auteur travaille pour des ONG écolos et pacifistes) sur le massacre des thons rouges, une pêche qu’on cherche en vain à réguler, et qui n’existeront bientôt plus qu’en élevage. Le héros, Alex, est mandaté par une organisation anti-pêche pour une mission de repérage et de surveillance en Méditerranée. Où l’on découvre l’ambiance et les méthodes mafieuses de la sur-pêche et l’impuissance (complaisance ? ) des autorités qui prétendent la combattre.

Rue du Chat-Dormeur, de Fabiola Sustendal [^4] : c’est un roman de nostalgie et de tendresse, écrit par une journaliste sexagénaire, belge, vivant en France depuis l’âge adulte,

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et qui se penche sur son enfance. Elle redevient Marie , une gamine vive et rêveuse, une sorte de Zazie d’Outre-Quiévrain (mais bien élevée, sans métro ni gros mots !), qui observe et décrit la vie quotidienne dans ce village de Caprimont où elle pousse en liberté, au foyer d’un père médecin et mélomane, qu’elle accompagne parfois dans ses tournées, et d’une mère fofolle, qui se rêve écrivain. Rue du Chat-Dormeur, non loin de celle des Trois-Pendus où habite Marie, vivent une vieille cousine lointaine et foldingue et l’horloger Basile Saturnin, qui tous les jours que Dieu fait, à 18 H. pétantes, joue du trombone une demi-heure durant … Atmosphère , atmosphère, comme disait l’autre !

Miroir sans tain, de Marie-Christine Cavenelle [^5] : encore les premiers pas, réussis, d’une

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femme, enseignante celle-ci, en lycée professionnel, dans le Périgord, où elle anime des ateliers d’écriture. Une héroïne, Agathe, dont on devine qu’elle lui ressemble. Bientôt la quarantaine, célibataire endurcie, elle vit seule avec son chien en pleine cambrousse au cœur d’un jardin empli d’odeurs et de sucs, fait de temps en temps la fête avec une petite bande de profs, comme elle, libertaires, joyeux, chaleureux. Née de père inconnu, elle n’a vu que de loin en loin sa soixante-huitarde de mère, qui l’a tôt confiée à sa grand-mère pour mieux vivre sa vie de hippie … Quand cette génitrice fantasque décide de mettre fin à ses jours, elle laisse à Phil, un de ses meilleurs amis de bamboche, le soin d’informer Agathe de ses dernières volontés : il faudra pas moins de quatre cérémonies funéraires pour s’y conformer, à l’issue desquelles notre héroïne, ayant comme reconstruit son identité en se réappropriant l’existence maternelle, va enfin rencontrer l’amour … Dit comme ça, ça paraît cucul, mais ça ne l’est pas, c’est gai ! Un livre plein de vie, progressant « à sauts et gambades », presque trop généreux pour son lecteur : de cette improbable histoire de fugue d’un élève du lycée, entrelacée au récit principal, on aurait pu se passer.

Voilà des romans qui, je crois, vous plairons : mais autant vous prévenir, vous ne les trouverez pas en têtes de gondoles. Faudra sans doute tanner votre libraire préféré, ou passer par internet, ou encore faire le siège de la bibliothécaire du coin …

[^2]: Editions Amalthée, 120 p., 12 euros.

[^3]: Les petits matins, 225 p., 15 euros.

[^4]: Sipayat, 206 p. 18 euros.

[^5]: éditions de Pierregord, 294 p., 19 euros.

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