No Pasaran (Fût-Ce Sous Un Avenant Abord Montebourgeois)
Ce matin, dans Marianne , à la page 6: le taulier, Maurice Szafran, prévient qu’il n’a pas du tout l’intention d’ «accepter que déjà se mette en route un processus de criminalisation visant à (…) détruire» Arnaud Montebourg, contre qui des «tueurs» (dont Maurice Szafran ne donne pas les noms) ont vitement «construit un concept non pas nouveau mais rance» , où Montebourg, au prétexte, notamment (et principalemet), qu’il serait plutôt pour un peu de «protectionnisme européen» [^2], est présenté comme «le “Le Pen de la gauche”» .
Maurice Szafran a mille fois raison de souligner qu’un tel «concept» n’est absolument pas nouveau: il s’agit en vérité, on l’aura reconnu(e), de l’énième déclinaison des grotesques procès en extrême droitisation que les éditocrates intentent tous les deux matins à la gauche anticapitaliste (depuis que les éditocrates ont (enfin) compris que plus aucun argument rationnel ne pouvait être produit, pour la défense d’un système dont la crise, désormais permanente, montre l’infecte réalité), et dans lesquels un Alain Duhamel, par exemple, fait toujours preuve, dans le rôle du procureur exalté, d’excellentes dispositions – cependant qu’un Jacques Julliard, qui émarge désormais chez Marianne , n’y a pas non plus démérité, du temps qu’il amalgamait les nonistes avec Charles Maurras.
Au reste, Maurice Szafran se montre catégorique: il ne laissera pas faire.
Non, madame: il ne laissera pas salir Montebourg sous le fallacieux prétexte que Montebourg[^3] s’est livré, en appelant à la démondialisation, à «une dénonciation puissante des ravages du néolibéralisme» .
«Que nos lecteurs comptent sur nous pour dénoncer cette infamie et nous opposer à cette tentative de mise à mort» , précise même Maurice Szafran (qui cependant ne dit toujours pas qui, exactement, veut assassiner Montebourg).
Or.
Par l’effet d’une inattendue coïncidence.
Ce matin, dans Marianne , à la page 3 (non loin, donc, de la page 6 où Maurice Szafran fait cette émouvante promesse): Jacques Julliard, parle, lui aussi, de Montebourg – et plus précisément des «splendeur [^4] et limites [^5] de Montebourg» .
Côté «splendeur» , tout va bien: «L’homme a du talent, de la clarté d’esprit, de la force de conviction» .
Mais côté «limites» : Jacques Julliard juge que, «pour ce qui concerne ses idées» , Montebourg est beaucoup moins splendide.
Puisqu’en effet: il s’est prononcé[^6] pour «la démondialisation» , qui n’est jamais, «en bon français» , explique le professeur Jacques Julliard, que du «protectionnisme» .
Et ça, n’est-ce pas?
Ce «nouveau socialisme» protectionniste?
Qui pourrait, certes, se contenter d’ «appliquer aux nouveaux prédateurs internationaux, au premier chef la Chine [^7] *, des clauses de réciprocité pour sauver nos industries»* – mais dont rien ne garantit après tout qu’il n’ambitionne pas, aussi, de «laisser le monde se couvrir de barrières économiques» et de «rallumer la guerre économique» alors que «l’ouverture des marchés a sauvé le monde de la famine» ?
Jacques Julliard trouve que ça ressemble d’assez près à un «socialisme lepéniste» .
Car en effet, précise-t-il (pour qui n’aurait pas compris que, lui vivant, no pasaran , fût-ce sous un avenant abord montebourgeois): «Le hic, avec le protectionnisme, c’est qu’il commence bien, mais qu’il finit mal» [^8].
Le hic, avec le protectionnisme, c’est qu’ «il commence à gauche et finit à l’extrême droite» .
Le hic, avec le protectionnisme, c’est qu’ «il commence avec Arnaud Montebourg» , mais «finit avec Marine Le Pen» .
Car en effet (bis): le protectionnisme «charrie avec lui une série de poisons» , dont, notamment (mais pas que), «le nationalisme» et «la haine de l’étranger» [^9].
Adoncques, Jacques Julliard ne dit nulle part, dans sa dissertation de la semaine, que Montebourg est un «Pen de la gauche» : il se contente d’insinuer qu’à faire le choix d’un Montebourg protectionniste, on se retrouverait avec une Pen[^10].
Ce n’est pas du tout la même chose, convenons-en: c’est sans doute pour ça que Maurice Szafran ne le compte pas au nombre des «tueurs» dont il promet de se faire l’infatigable dénonciateur.
[^2]: Comme le rappelle Philippe Cohen dans un article publié aux pages 40 et 41 du même numéro de Marianne .
[^3]: Avant de (se) rallier (à) François Hollande, NDLR.
[^4]: Au singulier.
[^5]: Au pluriel.
[^6]: Avant de rallier François Hollande, NDLR.
[^7]: Fu-Manchu, avec ses doigts crochus, est un prédateur international. Nous, pas. Nous, nous essayons simplement de vendre des avions de Serge Dassault et des centrales nucléaires: ça serait bien de pas tout confondre.
[^8]: Alors que «l’ouverture des marchés» finit, rappelons-le, par sauver le monde de la famine – sauf en quelques-unes de ses reculées provinces, mais ça serait bien que tu viennes pas non plus trop me casser les c… Les pieds quand je rédige mon édito, Mamadou, mange plutôt ton grain de riz.
[^9]: Durant que les libre-échangistes sont, par contraste, chacun(e) l’a mainte et mainte fois constaté, de raffiné(e)s altérophiles.
[^10]: Puisque ce qui commencerait avec l’un finirait forcément avec l’autre.
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