NBA : Un trop gros gâteau impossible à partager

Après plusieurs mois de négociations stériles entre propriétaires de clubs et joueurs, la saison 2011-2012 de la puissante ligue américaine de basket de la NBA devrait être annulée. Retour sur une improbable bisbille entre millionnaires et ses conséquences.

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Dans quel pays une entreprise répartit les revenus entre ses franchises bénéficiaires et déficitaires, impose un salaire maximum, une stricte grille des rémunérations et un système permettant aux franchises les plus faibles de choisir en premier les meilleurs étudiants fraîchement diplômés à la bourse annuelle de l'emploi ? Le Vénézuela, Cuba ou la Corée du Nord ? Non, les États-Unis. Et l'entreprise concernée ne fait pas vraiment dans la philanthropie puisqu'il s'agit de la NBA, une des ligues sportives les plus riches du monde, à laquelle ont appartenu Michael Jordan, Larry Bird, Shaquille O'Neal hier, et Kobe Bryant ou LeBron James aujourd'hui, parmi 450 joueurs grassement rémunérés. Dans la National basketball organisation , le salaire médian est de 2,3 millions de dollars annuels.

Une jolie petite machine aux rouages bien huilés et une « marque » mondialement connue, capable de générer un pactole faramineux de 4 milliards de dollars annuels, à se partager entre les propriétaires de clubs qui fonctionnent en « circuit fermé » (pas de descente-remontée entre divisions), et les joueurs. Comme dans toute branche professionnelle classique, c'est une convention collective qui régit les rapports entre employeurs et employés. Or, c'est la renégociation de cette convention expirée le 30 juin dernier, et dont la prochaine mouture sera valable 10 ans, qui vient de capoter. La NBA et la majorité des propriétaires, convaincus de perdre de l'argent depuis quelques années, ce que conteste le syndicat des joueurs, estiment que le partage des revenus jusqu’alors fixé à 57 % - 43 % en faveur des joueurs est inéquitable.

Suite au lockout , une grève décrétée par... les propriétaires, originalité du droit anglo-saxon, les négociations n'ont cessé de se rapprocher du 50-50, barème d'ailleurs proposé dans la dernière offre émise par la NBA. Mais le 14 novembre, sur les conseils de leurs agents, les joueurs ont décidé de refuser cette ultime proposition équivalente à une baisse sérieuse de leurs -très confortables- émoluments, et ont «décertifié» leur syndicat. Les joueurs, qui s'estiment empêchés d’exercer leur métier, vont donc désormais attaquer la NBA pour « abus de position dominante ». La ligue, de son côté, a déjà déposé une plainte auprès du Conseil national des relations du travail pour pratique illégale du syndicat des joueurs, désormais transformé en association commerciale : celui-ci, en raison de ses « menaces répétées » , n'aurait pas négocié « de bonne foi », selon la NBA.

En clair, comme souvent aux États-Unis, l'affaire se règlera au tribunal. En attendant, ce sont les gardiens de parking, vendeurs de sandwichs, employés de stade et autres petites mains de la NBA qui pâtiront le plus de la situation. Si rien n'est encore officiel, plus personne ne croit à la tenue d'une saison cette année, même tronquée. La menace pèse même sur la saison 2012-2013. Les joueurs américains, eux, vont aller courir le cachet en Europe, voire en Chine, au niveau de jeu modeste mais aux contrats juteux. En France, les Tony Parker, Boris Diaw, Nicolas Batum, Ronny Turiaf et autres frenchies exilés outre-Atlantique ont déjà rejoint leurs clubs de coeur, parfois pour le salaire minimum de la LNB, avec l'envie sincère d'aider au développement du basket français. Depuis leur arrivée, de Nancy à Lyon en passant par Le Havre ou Bordeaux, les salles font le plein. Le lockout fait aussi des heureux.


Photo de Une : PATRICK MCDERMOTT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
_ Photo article : ANDREW D. BERNSTEIN / NBAE / GETTY IMAGES / AFP

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