« Hugo Cabret » : Scorsese rate Méliès

Avec Hugo Cabret,
le cinéaste propose un hommage trop sage à la naissance du cinéma.

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Martin Scorsese a réalisé un conte de Noël adapté d’un roman illustré de Brian Selznick, l’ Invention de Hugo Cabret . C’est un événement pour l’auteur de Gangs of New York et de Shutter Island , plus habitué aux abîmes de la violence qu’à la grâce du merveilleux. Ce faisant, dès les premières images d’ Hugo Cabret , le cinéaste appose sa patte.

Le film commence par un plan sur le Paris des années 1930 vu du ciel. La caméra plonge, survole la gare Montparnasse, se faufile dans la salle des pas perdus entre les voyageurs, et finalement s’arrête sur un petit garçon, Hugo (Asa Butterfield). À l’aide d’effets spéciaux et de la 3D, ce gigantesque travelling avant, à la vitesse de l’éclair, se veut virtuose, au même titre que les mouvements de caméra suivants, où l’on voit Hugo se faufiler dans les tortueux passages secrets de la gare. Mais pourquoi cette virtuosité donne-t-elle une impression d’emphase, de lourdeur, comme si Scorsese n’était pas si à l’aise, d’emblée, avec le conte ?

La reconstitution du Paris des années 1930 est kitsch. C’est (sans doute) la loi du genre. Mais la vision poulbot du personnage relève d’un cliché touristique traité sans aucune distance. Hugo vit sous la férule avinée de son méchant oncle, qui l’oblige à travailler : en l’occurrence entretenir les horloges de la gare. Ce savoir mécanique, il le tient de son père disparu, dont il ne lui reste qu’un automate en panne. La réparation de l’automate cristallise à la fois l’enjeu affectif – achever l’œuvre commencée avec le père – et l’énigme centrale d’ Hugo Cabret.

C’est grâce à une clé en forme de cœur (sic) que le mystère s’éclaircit, et le film, dès lors, déplace son centre d’intérêt. La direction prise confirme que le conte pour enfants ne comble pas à lui seul le cinéaste. Hugo découvre que le vieux monsieur sévère qui vend des jouets à la gare n’est autre qu’un grand cinéaste oublié, Georges Méliès (Ben Kingsley).

Pour Martin Scorsese, cette histoire pourrait alors devenir une nouvelle occasion de donner libre cours à sa cinéphilie galopante. Les années triomphantes et géniales de Méliès, au temps du muet où le cinéma s’inventait, s’y prêtent magnifiquement. Mais Scorsese les raconte de manière appliquée, comme un biopic plan-plan, sans l’audace qu’un tel modèle devrait exiger. Si ce beau livre d’images contient quelques jolies idées à la mélancolie sucrée, le regard d’enfant de Martin Scorsese s’avère bien sage. Hugo Cabret, ou le didactisme de Noël.


Hugo Cabret , Martin Scorsese, 2 h 08.
En salles également le 14 décembre : le Voyage dans la Lune, de Georges Méliès, précédé d’un documentaire, le Voyage extraordinaire, de Serge Bromberg et Éric Lange.

Photo : Kobal / The Picture Desk

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