À Metz, l’autre amitié franco-allemande

Hier à Metz, Jean-Luc Mélenchon tenait meeting aux côtés d’Oskar Lafontaine, co-fondateur de Die Linke, le « grand frère » allemand du Front de gauche. Les deux hommes, qui partagent la même vision d’une Europe sociale, ont appelé à dégager le couple « Merkozy ». Reportage.

Pauline Graulle  • 19 janvier 2012
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À Metz, l’autre amitié franco-allemande
© Photo : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Illustration - À Metz, l'autre amitié franco-allemande

Deux hommes, deux styles, mais une même vision. À la tribune, Oskar Lafontaine, co-fondateur de Die Linke, est plutôt froid et abstrait. Jean-Luc Mélenchon, son homologue du Front de gauche, est méditerranéen et tribun – « Je bouge beaucoup, je viens du midi » , argue-t-il. Dans le fond pourtant, ces deux-là sont de vrais frères amis. Le premier a fondé Die Linke en 2005 après avoir claqué la porte du SPD (le parti social-démocrate allemand), pour créer le mouvement de la gauche de gauche allemande qui rassemble les déçus de la social-démocratie et les anciens communistes de la RDA. Le second, transfuge du PS, a réussi le tour de force d’entraîner derrière lui l’appareil du PCF. Et à être le candidat du Front de gauche dont un récent sondage indique qu’il pourrait dépasser les 10 % d’intentions de vote en 2012. Ensemble, Die Linke et le Front de gauche ont de grands projets. Evidemment « internationalistes » . Le 14 décembre, ils signaient une déclaration commune adressée aux salariés européens dénonçant « la fuite en avant dans l’Europe austéritaire » . Demain, ils entendent soumettre à Bruxelles la création d’un fonds européen de développement social, solidaire et écologique, pour relancer la croissance. Bref, entre Mélenchon et Lafontaine, ce ne sont pas les idées qui manquent…

Mélenchon-Lafontaine vs Sarkozy-Merkel

Les voilà donc réunis, main dans la main, au complexe sportif Saint-Symphorien de Metz. Devant eux, une foule compacte de 2 500 militants et sympathisants dont bon nombre, des plus jeunes aux plus vieux, se tiendront debout, pendant plus de deux heures, pour les écouter. Lafontaine ouvre le meeting par un tir nourri sur le couple « Merkozy » . Avec leur projet de nouveau traité constitutionnel, les deux chefs d’Etat veulent « planter un couteau dans le dos des souverainetés populaires » , dit l’Allemand, et « asservir encore plus la construction européenne aux marchés financiers » . La politique de Sarkozy est « une farce, chers camarades ! » , s’exclame-t-il dans un français très honorable. « Dans les mois et les années à venir, nous allons travailler à dégager Sarkozy, à dégager Merkel, […] dégager tous ceux qui servent les marchés au lieu des femmes et hommes de nos pays » .

Des « effets d'annonce » et des « gesticulations » . Voire tout bonnement « le programme du Medef » . Voilà ce que Jean-Luc Mélenchon a retenu du sommet social - rebaptisé à la hâte « sommet de crise » dès le lendemain la perte du triple A -, présenté par Nicolas Sarkozy mercredi matin. Sur le développement des filières d'apprentissage, dont le président a fait l'alpha et l'omega de sa lutte contre le chômage des jeunes, Mélenchon, ancien ministre délégué à la formation professionnelle du gouvernement Jospin, a rappelé qu'il vaudrait mieux « améliorer le niveau de qualification et l'instruction des travailleurs » car « l'entreprise n'est pas l'école » . Quant aux 1 000 emplois créés à Pôle emploi, le candidat à la présidentielle a pointé que la création des 1 000 postes (en CDD), faisait suite à la suppression de 1 800 postes en 2011. Au fond, a-t-il martelé, Sarkozy n'a qu'une idée en tête : « Remettre en cause la durée légale du temps de travail qui est une conquête préciosissime de nos anciens.  [...]  Il ne faut pas abandonner les camarades au rapport de force dans les entreprises. »
Même discours, mêmes mots de Jean-Luc Mélenchon qui, quelques minutes plus tôt, donnait du « wie geht’s Oskar ? », lors d’une conférence de presse commune. Le Français ne cache pas son admiration pour le fondateur de Die Linke dont il dit s’être inspiré. Quand on lui parle de modèle allemand ? « Il faut copier Oskar Lafontaine  », sourit le candidat du Front de gauche. ** Puis, plus sombre : « En France, le modèle allemand est arrivé comme une espèce d’escroquerie. La vérité c’est que les travailleurs allemands ont été brutalisés par le Harz IV  » , l’une des réformes du SPD – réformes pour lesquelles François Hollande s’est récemment enthousiasmé. « C’est dommage que les socialistes français veuillent faire la même politique que Schröder » , a ponctué Lafontaine, affirmant qu’en Allemagne, les salaires ont baissé de 4 % depuis dix ans tandis que les revenus du capital, eux, « ont augmenté de 30 % » .

Solidarité des peuples

Tandis qu’Oskar Lafontaine regarde avec bienveillance la campagne de Jean-Luc Mélenchon – il « peut en être content » , estime l’ex-ministre des Finances démissionnaire du gouvernement Schröder -, Mélenchon espère donner à son tour un coup de pouce à son « ami » : « Notre score aura une influence sur le score de Die Linke en Allemagne [où les élections nationales sont prévues en 2013]  » , veut croire candidat du Front de gauche. Qui ajoute : « Il faut qu’on se serre les coudes car cette année va être terrible.  […] Plus la crise s’approfondit, plus les tensions vont s’intensifier entre nos peuples » . Loin de la course à la compétitivité de part et d’autre du Rhin, il faut délivrer un « message de fraternité franco-allemand » . Remplacer les « logiques guerrières » de Sarkozy et Merkel par la « solidarité des peuples » , reprend l’Allemand, qui, en ces temps de repli sur soi, n’a pas tort de rappeler la devise européenne : « Unie dans la diversité. »

Politique
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