Montpellier, « terre propice » pour Mélenchon
En meeting à Montpellier mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon déclare vouloir faire du Front de gauche « la première force à gauche » de la région. Reportage.

Plus de 80 cars, affrétés des quatre coins de l’Hérault, mais aussi de l’Aude, du Gard et des Pyrénées-Orientales. 9 000 spectateurs (selon les organisateurs) rassemblés dans le grand hall du Parc des expositions, à quelques kilomètres du centre-ville de la capitale de Languedoc-Roussillon. Mercredi 8 février au soir, le très attendu meeting de Montpellier n’a pas déçu le staff de campagne du candidat du Front de gauche. Une équipe déjà galvanisée par le meeting de Villeurbanne qui avait battu, la veille, un record d’affluence avec entre 8 000 et 10 000 personnes comptabilisées. Et qui a vu David Pujadas expliquer hier soir au 20 heures que son candidat était bien celui qui remplissait le plus les salles en ce début de campagne.
Se « laisser tenter »
Ce soir, dans l’assistance, se trouvent Brigitte et Hervé, venus en famille de la campagne montpelliéraine : « Pour nous, le ‘ vote utile ‘ *, c’est la fin de la politique, la fin de l’espoir »* , explique Brigitte, qui a toujours été « d’extrême gauche » mais souhaite aujourd’hui encourager un « grand rassemblement » . Comme Brigitte et Hervé, Mireille et Lielie, un couple de retraités « communistes depuis 40 ans » venus de Sète, étaient déjà présents en 2005, lors d’un meeting au même Parc des expositions de Montpellier sur le « non » au Traité constitutionnel européen (TCE). Un rendez-vous qui a marqué les esprits : « C’était la première fois qu’on voyait Mélenchon dans un événement de cette ampleur , raconte Lielie. C’était très impressionnant. À ce moment-là, on s’est dit qu’il allait se passer quelque chose. » ** Pour Marjolaine, 26 ans, étudiante en orthophonie, et Jean-Luc, instituteur à mi-temps de 38 ans, tous deux habitants de Montpellier, ce meeting est une première. Elle, qui vote d’habitude pour le PC ou le NPA, se dit « emballée par le discours féministe » de Mélenchon. Lui, qui vote plutôt socialiste ou Europe Ecologie-Les Verts, est venu « par curiosité. Parce que les propositions du Front de gauche sur la réduction du temps de travail et sur la santé et l’hôpital [l’] intéressent » . « J’aime aussi la manière dont il maltraite les journalistes » , ajoute avec malice Jean-Luc. Celui qui a voté « oui » au TCE pourrait cette fois « se laisser tenter par Mélenchon si la menace Le Pen s’atténue » .
Pétaudière
C’est que le Front de gauche entend bien profiter de la grave crise qui secoue le PS local – la fédération a été mise sous tutelle en 2010 – pour s’imposer comme « la première force de gauche » dans le fief de feu Georges Frêche. « L’harmonie » qui règne depuis longtemps entre le PC local, le Parti de gauche et la Gauche unitaire a fait du Languedoc « une avant-garde du Front de gauche. Je suis en terre connue et propice » , rappelait Jean-Luc Mélenchon, plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse. Et de fustiger sans ménagement la « pétaudière » socialiste de l’Hérault, « structure décadente, percluse de combinaisons ». Dans cette région où certains proches du sénateur Robert Navarro, exclu du PS en 2010, sont inquiétés par la justice, « on n’a pas vu un seul congrès qui ne soit pas entièrement triché, affirme Mélenchon. C’était un lieu où le mouvement socialiste était arrivé au bout de ses limites. Le parti ne s’est jamais reconstitué » .
Sept ans après le TCE
Sept ans après le « non » au TCE, Jean-Luc Mélenchon continue de s’insurger contre le « mécanisme européen de stabilité financière », nouveau traité qui « stipule que toute aide à un État sera versée contre un plan d’austérité » . Un texte qui devrait être ratifié le 21 février prochain à l’Assemblée nationale sans consultation du peuple. « J’adjure toute la gauche à se rassembler derrière le non à ce nouveau traité le 21 février ! » , martèle le candidat qui s’est lancé, à la tribune, dans une âpre explication de texte et un difficile cours d’économie. Il enchaîne avec une lourde charge contre ses « camarades socialistes » et François Hollande. Appelle à un nouveau référendum. « Ce pays est à vous, ne vous le laissez pas voler ! »
De notre envoyée spéciale, Pauline Graulle
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