Montpellier, « terre propice » pour Mélenchon

En meeting à Montpellier mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon déclare vouloir faire du Front de gauche « la première force à gauche » de la région. Reportage.

Pauline Graulle  • 8 février 2012
Partager :
Montpellier, « terre propice » pour Mélenchon
© Photo : PASCAL GUYOT / AFP

Illustration - Montpellier, « terre propice » pour Mélenchon

Plus de 80 cars, affrétés des quatre coins de l’Hérault, mais aussi de l’Aude, du Gard et des Pyrénées-Orientales. 9 000 spectateurs (selon les organisateurs) rassemblés dans le grand hall du Parc des expositions, à quelques kilomètres du centre-ville de la capitale de Languedoc-Roussillon. Mercredi 8 février au soir, le très attendu meeting de Montpellier n’a pas déçu le staff de campagne du candidat du Front de gauche. Une équipe déjà galvanisée par le meeting de Villeurbanne qui avait battu, la veille, un record d’affluence avec entre 8 000 et 10 000 personnes comptabilisées. Et qui a vu David Pujadas expliquer hier soir au 20 heures que son candidat était bien celui qui remplissait le plus les salles en ce début de campagne.

Se « laisser tenter »

Ce soir, dans l’assistance, se trouvent Brigitte et Hervé, venus en famille de la campagne montpelliéraine : « Pour nous, le ‘ vote utile ‘ *, c’est la fin de la politique, la fin de l’espoir »* , explique Brigitte, qui a toujours été « d’extrême gauche » mais souhaite aujourd’hui encourager un « grand rassemblement » . Comme Brigitte et Hervé, Mireille et Lielie, un couple de retraités « communistes depuis 40 ans » venus de Sète, étaient déjà présents en 2005, lors d’un meeting au même Parc des expositions de Montpellier sur le « non » au Traité constitutionnel européen (TCE). Un rendez-vous qui a marqué les esprits : « C’était la première fois qu’on voyait Mélenchon dans un événement de cette ampleur , raconte Lielie. C’était très impressionnant. À ce moment-là, on s’est dit qu’il allait se passer quelque chose. » ** Pour Marjolaine, 26 ans, étudiante en orthophonie, et Jean-Luc, instituteur à mi-temps de 38 ans, tous deux habitants de Montpellier, ce meeting est une première. Elle, qui vote d’habitude pour le PC ou le NPA, se dit « emballée par le discours féministe » de Mélenchon. Lui, qui vote plutôt socialiste ou Europe Ecologie-Les Verts, est venu « par curiosité. Parce que les propositions du Front de gauche sur la réduction du temps de travail et sur la santé et l’hôpital [l’] intéressent » . « J’aime aussi la manière dont il maltraite les journalistes » , ajoute avec malice Jean-Luc. Celui qui a voté « oui » au TCE pourrait cette fois « se laisser tenter par Mélenchon si la menace Le Pen s’atténue » .

Pétaudière

C’est que le Front de gauche entend bien profiter de la grave crise qui secoue le PS local – la fédération a été mise sous tutelle en 2010 – pour s’imposer comme « la première force de gauche » dans le fief de feu Georges Frêche. « L’harmonie » qui règne depuis longtemps entre le PC local, le Parti de gauche et la Gauche unitaire a fait du Languedoc « une avant-garde du Front de gauche. Je suis en terre connue et propice » , rappelait Jean-Luc Mélenchon, plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse. Et de fustiger sans ménagement la « pétaudière » socialiste de l’Hérault, « structure décadente, percluse de combinaisons ». Dans cette région où certains proches du sénateur Robert Navarro, exclu du PS en 2010, sont inquiétés par la justice, « on n’a pas vu un seul congrès qui ne soit pas entièrement triché, affirme Mélenchon. C’était un lieu où le mouvement socialiste était arrivé au bout de ses limites. Le parti ne s’est jamais reconstitué » .

Sept ans après le TCE

Sept ans après le « non » au TCE, Jean-Luc Mélenchon continue de s’insurger contre le « mécanisme européen de stabilité financière », nouveau traité qui « stipule que toute aide à un État sera versée contre un plan d’austérité » . Un texte qui devrait être ratifié le 21 février prochain à l’Assemblée nationale sans consultation du peuple. « J’adjure toute la gauche à se rassembler derrière le non à ce nouveau traité le 21 février ! » , martèle le candidat qui s’est lancé, à la tribune, dans une âpre explication de texte et un difficile cours d’économie. Il enchaîne avec une lourde charge contre ses « camarades socialistes » et François Hollande. Appelle à un nouveau référendum. « Ce pays est à vous, ne vous le laissez pas voler ! »

De notre envoyée spéciale, Pauline Graulle

Politique
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Entretien • 15 octobre 2026

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »

Raphaël Glucksmann est sorti large vainqueur de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique ». Conséquence, le Parti socialiste n’aura pas de candidat propre pour la présidentielle 2027. Le résultat divise déjà au sein de la formation. Une situation dont le premier secrétaire, Olivier Faure, sort affaibli.
Par Névil Gagnepain
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Analyse • 15 octobre 2026 abonné·es

Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient

1 500 communistes ont annoncé le 14 octobre leur ralliement à la candidature du leader insoumis. En parallèle, la victoire de Raphaël Glucksmann lors de la primaire socialiste provoque des remous chez les militants de gauche et semble acter une bipartition de la campagne. 
Par Névil Gagnepain
Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture
Politique • 12 octobre 2026 abonné·es

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture

Le candidat Renaissance et de La France insoumise à la présidentielle ont respectivement tenu meeting à Lyon samedi 10 octobre et près de Clermont-Ferrand dimanche 11, sur fond de mobilisation lycéenne. Alors que l’ancien Premier ministre défend une ligne fondée sur l’autorité et les devoirs, le leader insoumis dénonce le bilan éducatif des gouvernements macronistes.
Par William Jean et Névil Gagnepain
Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 libéré

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain