Les mauvais élèves du Net

Christine Tréguier  • 22 mars 2012
Partager :

Comme chaque année, Reporters sans frontières (RSF) publie son rapport sur l’état des libertés sur Internet dans le monde. On y trouve la désormais traditionnelle liste des « ennemis d’Internet » : Arabie Saoudite, Bahrein, Bélarus, Birmanie, Corée du Nord, Cuba, Ouzbékistan, Turkménistan, Vietnam, sans oublier les champions que sont la Chine, l’Iran et la Syrie de Bachar Al-Assad. Le Pakistan, qui vient de lancer un appel d’offres pour le déploiement d’un système national de filtrage et de blocage du Net, jugé particulièrement inquiétant, pourrait rejoindre ce triste palmarès.

Les réseaux sociaux, le micro-blogging et l’action des net-citoyens ont certes largement contribué aux révolutions arabes et compliquent la tâche des régimes autoritaires. Mais, relève le rapport, ceux-ci ont vite appris à circonvenir leurs opposants. Soit en coupant purement et simplement l’accès au réseau. Soit de façon plus insidieuse par le filtrage, l’obligation de collaboration des hébergeurs et une étroite surveillance des communications qui leur permet d’identifier et d’arrêter les dissidents.

Mais le bilan n’est pas toujours plus glorieux dans certaines démocraties, comme en témoigne la liste des pays « sous surveillance ». La France y figure en bonne place, aux côtés de l’Australie, de la Corée du Sud, des Émirats arabes unis, de l’Égypte, de l’Inde, de la Malaisie, ou encore de la Russie, de la Tunisie et de la Turquie. «  La liberté de circulation de l’information en ligne ne fait parfois pas le poids face à la sécurité intérieure, la lutte contre le terrorisme ou le cybercrime, ou encore la protection de la propriété intellectuelle   » , constate le rapport. Les attentats de Bombay en Inde ou les émeutes d’août 2011 en Angleterre ont servi de prétexte pour exercer une surveillance des communications. En Russie, les sites critiquant le Kremlin sont vite catalogués « extrémistes » et fermés. L’Australie continue à pratiquer un filtrage opaque des sites pédopornographiques. Mais la démocratie la plus adepte de ce genre de pratiques semble bien être la France. RSF s’inquiète de ce que plusieurs textes de lois et décrets instaurent un filtrage administratif du web : pour les contenus pédopornographiques (la Loppsi 2), mais aussi pour les sites de jeux non autorisés, pour ceux violant les règles du droit à la consommation ou encore pour les contenus manifestement illicites. Le rapport revient sur l’affaire Copwatch, un site dénonçant certaines pratiques policières, censuré à la demande du ministère de l’Intérieur. La France s’illustre également par la loi Hadopi, instaurant la riposte graduée et la coupure de l’accès à Internet pour lutter contre le téléchargement illégal. Et RSF de rappeler que Frank La Rue, rapporteur spécial pour la liberté d’expression des Nations unies, a affirmé que «   couper l’accès Internet des utilisateurs, quelle que soit la justification fournie – et cela inclut les lois relatives à la violation de la propriété intellectuelle –, est une mesure disproportionnée  » .

Le rapport épingle au passage quelques sociétés françaises comme Amesys (filiale de Bull), Alcatel-Lucent, Eutelsat ou Thalès, connues pour fournir sans sourciller des outils de surveillance des communications aux régimes autoritaires. Bilan : un beau zéro pointé pour le pays des droits de l’homme.

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don