Peut-on faire confiance à Google ?
Google a décidé d’unifier les règles de confidentialité de ses différents services. Quiconque dispose d’un compte devient un utilisateur unique. Toutes les données issues des différents outils – les requêtes entrées dans le moteur de recherche lui-même mais aussi dans Gmail, Google Agenda, Google Documents, l’historique de Google Chrome, Google Alertes, YouTube ou le réseau social Google + – seront réunies, pour « offrir une expérience utilisateur simple et intuitive » , explique la firme de Mountain View. Mais les quelques exemples donnés font un peu froid dans le dos. « Vous pourrez, par exemple, être informé des conditions de circulation en vous rendant à un rendez-vous inscrit dans votre agenda Google. » Ou encore « si vous planifiez un voyage en Grèce, après une recherche rapide sur le moteur de recherche, vous pourrez accéder à l’album photos Picasa qu’un ami aura précédemment partagé avec vous et démarrer une conversation sur Google + pour lui demander des conseils ». Bref, Google gérera pour vous et anticipera vos désirs. Il sera dans votre ordinateur, dans votre téléphone et un peu dans votre tête. C’est à prendre ou à laisser, car si vous refusez l’agrégation de toutes vos données, vous n’aurez plus accès aux différents services via un compte unique.
Annoncées le 24 janvier, ces nouvelles règles inquiètent. Fin janvier, deux représentants ont demandé au patron de la société, Larry Page, de venir expliquer la chose au Congrès. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Courant février, l’administration Obama a annoncé le lancement d’une « charte pour la protection des données des consommateurs ». Au programme, des mesures comme le droit à la non-traçabilité, la possibilité de savoir quelles données sont collectées, comment elles sont utilisées et partagées, et de s’opposer à ce que des informations collectées dans un contexte soient utilisées dans un autre but. Autant de points occultés par les règles de Google.
Réaction aussi du côté du Groupe 29 des Cnil européennes, qui estiment que les nouvelles règles ne respectent pas les exigences de la Directive européenne sur la protection des données (95/46/CE). En particulier en ce qui concerne l’information et le consentement des personnes. C’est la Cnil française qui a été chargée d’une analyse en profondeur des croisements de données. Le 27 février, elle a donc envoyé une lettre à Larry Page lui demandant de surseoir au lancement prévu le 1er mars. « Notre enquête préliminaire montre qu’il est extrêmement difficile de savoir quelles données sont combinées avec quels services et dans quels buts. » La Cnil relève un manque de transparence pour l’utilisateur, l’absence de consentement pour l’envoi de cookies, en particulier sur les téléphones portables. On reproche aussi à Google de ne pas mettre clairement en avant les moyens de minimiser la collecte de données, en usant par exemple de comptes multiples. Réponse du géant du web : impossible de différer le lancement de sa nouvelle politique de confidentialité, cela sèmerait la confusion chez les 350 millions d’utilisateurs authentifiés. La Cnil poursuit néanmoins son enquête et attend les réponses à son questionnaire détaillé. En attendant, mieux vaut éviter de trop se confier à Google.
- Voir sur le site de la Cnil : http://www.cnil.fr/
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