Tuerie de Toulouse : gare à l’exploitation !

La prétendue « suspension » de la campagne électorale ne doit pas empêcher de s’interroger sur les conséquences politiques du drame de ces derniers jours.

Denis Sieffert  • 21 mars 2012
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Tuerie de Toulouse : gare à l’exploitation !
© Photo : LIONEL BONAVENTURE / AFP

Illustration - Tuerie de Toulouse : gare à l’exploitation !

On ne peut pas ne pas se poser la question : quel impact le drame de Toulouse va-t-il avoir sur la campagne électorale ? Car il y a dans cette affaire la légitime émotion que suscite la mort d’enfants, et du père de deux d’entre eux, tués parce qu’ils étaient juifs, et celle de trois soldats parce qu’ils portaient l’uniforme d’un pays engagé dans la guerre d’Afghanistan. Cette émotion, on peut la partager, s’identifier aux proches des victimes, et on doit la respecter. Mais ce respect suppose peut-être d’abord que l’on veille à ne pas tirer profit du drame. Hélas, nous sommes en campagne électorale, et on ne se fait ici aucune illusion sur une partie au moins de ce qu’on appelle « la classe politique ». L’idée même de « parenthèse » de la campagne est déjà suspecte tant il est évident qu’elle profite au « candidat-président », dont la double casquette est bien utile. Mais il y a plus grave. On peut craindre une double exploitation de la tragédie de Toulouse, à la fois islamophobe et sécuritaire.

« Le risque fondamentaliste a été sous-estimé dans notre pays , s’est empressée de commenter Marine Le Pen, il faut maintenant mener cette guerre contre des groupes politico-religieux qui tuent nos enfants chrétiens, nos jeunes hommes chrétiens, nos jeunes hommes musulmans et les enfants juifs » . On voit comment on passe du singulier — un homme très probablement seul — au pluriel de groupes « politico-religieux ». On voit aussi comment on minimise le caractère antisémite du crime en alléguant que les soldats tués par l’homme au scooter l’auraient été en tant que « chrétiens ».

Mais une exploitation plus subtile est aussi à redouter. De la part de Nicolas Sarkozy et de son entourage, cette fois. On a vu mercredi Valérie Rosso-Debord, déléguée générale adjointe de l’UMP, s’en prendre à « François Hollande et Marine Le Pen » . Il faut noter déjà l’amalgame. Mais l’argumentaire est édifiant : « Alors que la communauté nationale est endeuillée et que chacun mesure la nécessité de l’union nationale face à ces événements, deux candidats, François Hollande et Marine Le Pen, tentent d’instrumentaliser à leur profit politicien ce drame » , estime Valérie Rosso-Debord. L’appel à l’union nationale n’a pas d’autre sens que de réduire au silence les rivaux de Nicolas Sarkozy, tandis que celui-ci, en sa qualité de président de la République, peut continuer d’occuper le terrain. Tout le terrain. Quiconque d’autre parle est accusé de rompre l’union nationale. Ce sont les ressorts que l’on utilise quand le pays est en guerre. Ce n’est pas la campagne, c’est la démocratie que l’on met entre parenthèses.

Enfin, il faut dire un mot, une fois de plus, du conflit israélo-palestinien. Philippe Karsenty, candidat UMP en Israël pour les législatives françaises (circonscription des Français de l’étranger), accuse le journaliste de France 2 Charles Enderlin d’avoir une responsabilité dans le drame de Toulouse parce que celui-ci a montré, en octobre 2000, la mort d’un enfant palestinien. Il accuse également Stéphane Hessel en raison de ses positions pour le respect des droits des Palestiniens. A sa façon (sordide), ce candidat UMP vient nous rappeler que le conflit israélo-palestinien peut inspirer tous les fanatismes. Y compris le sien. De la pire des façons, il nous rappelle aussi la nécessité de résoudre ce conflit dans le respect du droit des Palestiniens. On peut à la fois condamner toute importation du conflit en France, surtout quand cela mène au crime, et souhaiter qu’une solution de fond soit trouvée à ce conflit qui n’en finit pas de semer la folie dans le monde. Une solution dans le respect des droits des Palestiniens.

Politique
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