Cannes 2012 : La Palme d’or à «Amour» d’Haneke mais un palmarès absurde

Christophe Kantcheff  • 27 mai 2012
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Cannes 2012 : La Palme d’or à «Amour» d’Haneke mais un palmarès absurde

Inconsolables. Nous serons inconsolables, nous qui avons été émerveillés par Holy Motors , le film sidérant de Leos Carax, et dont les membres du jury de ce 65ème festival de Cannes, Nanni Moretti en tête, n’ont manifestement pas pris la mesure. Le palmarès qu’ils ont établi est tour à tour consensuel, absurde ou affligeant. « Grand cinéaste, mauvais président », dit l’adage. Ce n’est pas toujours vrai. Tim Burton n’a-t-il pas osé, en 2010, palmer d’or Oncle Boonmee , d’Apichatpong Weerasethakul, ou David Cronenberg Rosetta , des frères Dardenne en 1999 ? J’espérais qu’il en serait de même cette année. Mais Nanni Moretti a déconné. Dommage. Car, à côté de nombreux films insipides, la compétition comptait des œuvres passionnantes (outre Carax celles de Resnais, Cronenberg, Kiarostami, Hong Sangsoo, Wes Anderson), qui repartent bredouille. Seul parmi ceux-ci, Amour , de Michael Haneke, reçoit une récompense, la plus haute.

Illustration - Cannes 2012 : La Palme d'or à «Amour» d'Haneke mais un palmarès absurde

Palme d’or : Amour , de Michael Haneke

Ce serait faire la fine bouche que de ne pas reconnaître que la Palme d’or va ici à un film d’une grande force, sous prétexte qu’il était attendu à cette place par beaucoup de monde. Amour est même le meilleur film à mes yeux de Haneke, qui s’est départi pour l’occasion de son côté prof de philosophie sévère pour classes à faire souffrir. Il y a enfin,avant toute chose, de l’humanité chez ce cinéaste. Amour porte un sujet terrible, la déchéance physique dans un vieux couple qui s’aime, mais celui-ci est traité à la bonne distance, sans pathos ni froideur. Emmanuelle Riva et, surtout, Jean-Louis Trintignant, y sont magnifiques.

Grand prix : Reality , de Matteo Garrone

Un prix absurde pour un film sans relief, nettement inférieur à son précédent, Gomorra , qui avait reçu le même Grand prix il y 4 ans. Bis repetita ! Est-ce la solidarité patriotique qui a joué ? Ou Moretti s’est-il dit que la dénonciation des méfaits de la télé-réalité valait bien la consécration d’un film plus que moyen ?

Prix d’interprétation masculine : Mads Mikkelsen dans la Chasse , de Thomas Vinterberg

Là, on s’étrangle. L’an dernier, Michel Piccoli était sublime dans Habemus papam de Moretti et était reparti chez lui comme il était venu, les mains dans les poches. Malheureusement, en tant que président, le cinéaste italien ne s’est pas inspiré de cette expérience cuisante. Résultat : Jean-Louis Trintignant, tout aussi grandiose que Piccoli, n’obtient rien. Celui-ci était certes sur scène, avec Emmanuelle Riva, lors de la remise de la Palme à Amour . Mais ce n’est pas la même chose. Quant à Mads Mikkelsen, il est loin d’avoir démérité, mais il figure dans un film tellement bête que cette récompense paraît totalement à côté de la plaque.

Prix d’interprétation féminine : Cosmina Stratan et Cristina Flutur, dans Au-delà des collines de Cristian Mungiu

Rien à redire, c’était mon choix. Ces actrices sont impeccables dans la peau de deux jeunes filles dont la relation amoureuse n’est plus possible parce que l’une des deux s’est livrée à Dieu.

Prix de la mise en scène : Post Tenebras Lux , de Carlos Reygadas.

Trop poseur pour être honnête : Post Tenebras Lux regorge de plans dont la beauté est incontestable, mais ils sont toujours encombrés par la volonté auteuriste du cinéaste mexicain, qui aurait besoin d’un grand coup d’épure. Reygadas aime aussi l’abscons métaphysique. Chacun ses goûts.

Prix du scénario : Au-delà des collines de Cristian Mungiu

À nouveau, un prix absurde. Au-delà des collines est bien davantage un film d’immersion, d’ambiance et de mise en scène. J’ajouterai même que le scénario comporte des moments de flou, voire de confusion.

Prix de Jury : la Part des anges , de Ken Loach

Le film de Loach est une comédie sympathique et enlevée, mais le cinéaste britannique n’avait certainement pas besoin de ce prix du jury qui aurait avantageusement récompensé un nouveau venu, Jeff Nichols pour Mud ou Sergei Loznitsa pour Dans la brume par exemple.

Voilà, c’est fini. Merci à toutes celles et tous ceux qui ont suivi ce blog pendant le festival.
Rendez-vous dans les pages du journal à paraître jeudi pour un bilan plus étayé.

Temps de lecture : 4 minutes
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