La « fête » du Trocadéro, un « vrai » meeting UMP

Pour concurrencer le défilé traditionnel du 1er mai, l’UMP a réuni des militants de toute la France pour sa « vraie fête du travail », tirant à feu nourri contre le peuple de gauche. Reportage.

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Une mer de drapeaux tricolores, une scène blanche rutilante fondue dans le ciel bleu avec la tour Eiffel en arrière plan. L’image est réussie. C’est d’ailleurs le principal enseignement de « la vraie fête du travail » , organisée mardi 1er mai par l’UMP sur la place du Trocadéro, à 5 jours du second tour de la présidentielle. Pour faire le nombre, la majorité sortante a fait appel au renfort de ses militants, venus des quatre coins du pays par des trains et des cars spécialement affrétés.

Les quelques dizaines de milliers de personnes présentes ont été resserrées sur la place du Trocadéro, devant le parvis des droits de l’Homme, dont l’accès était fermé par des barrières. Il y a du monde, sous le cagnard étourdissant, mais on est très loin des 200 000 personnes annoncées d’entrée par Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy.

L’UMP tape sur la gauche qui « appauvrit les travailleurs »

La foule de fidèles écoute tout sourire Nadine Morano, Jean-François Copé, Jean-Pierre Raffarin, François Fillon ouvrir les hostilités contre les représentants syndicaux et François Hollande, systématiquement hué. « Il veut faire rêver avec les 35 h, avec la retraite à 60 ans, et pourquoi pas le retour au ministère du temps libre » , scande Jean-Pierre Raffarin pour faire grossir la clameur.

L’auditoire endimanché gronde aussi contre les médias, ces « insulteurs qui nous ont dénié le droit de parler aux Français » , conspués désormais par Nicolas Sarkozy qui se pose en victime. « Après 5 ans d’insultes ahurissantes, ils ont poussé le bouchon plus loin et repoussé leurs propres limites, en comparant Nicolas Sarkozy à Pétain », s’indigne Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau centre de Seine-Saint-Denis.

Mais l’ennemi du jour reste le peuple de gauche, « qui a choisi de manifester derrière le drapeau rouge (…) qui fut l’étendard de tant de tyrannies à travers le monde » , selon le candidat de l’UMP. Ces militants syndicaux accusés de « faire de la politique » et d’avoir « abimé le travail et appauvri les travailleurs » , avec les 35 h.

« Rattraper les voix du Front national »

Pour les électeurs frontistes, Nicolas Sarkozy parle de « remettre les frontières » économiques pour « défendre la civilisation et le modèle européen » . Devant ses militants, il s’en prend aussi au « capitalisme financier qui a trahi les valeurs de l‘économie de marché » . « Les salaires sont trop bas » , lance-t-il même, salué par des applaudissements plus que discrets. Il aura plus de succès quelques minutes plus tard en promettant – sous les hourras – de ne pas toucher au « quotient familial » .

« Il était très convaincant , se réjouit en fin de discours Jean-Charles, un jeune militant du Val-d’Oise. Il a essayé de rattraper les voix du Front national sur la fermeture des frontières, et il s’est adressé aux électeurs centristes sur la réduction de la dette. »

Les militants suspicieux et un brin susceptibles se défendent aussi d’avoir voulu faire de ce 1er mai une contre-manifestation anti-syndicale. « Nous ne nous sommes pas laissés prendre au piège de la division » , lance une mère de famille, venue de la Loire avec ses proches, boostés aux boissons énergisantes. « Nous n’avons pas l’habitude de nous rassembler le 1er mai , concède Jacques, retraité et adhérent UMP à Paris. Nous sommes là pour Nicolas Sarkozy, voilà tout. »

Et puis, glisse une quinquagénaire à son voisin dans les couloirs du métro, « c’est peut-être la dernière fois! »


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