De wikileaks à la transparence socialiste de Hollande: un même et grave danger de dérives…
Au moment de l’affaire Wikileaks (voir les archives de ce blog), j’avais signalé à quel point elle ouvrait la voie à une dérive dangereuse en élevant la « transparence » comme règle à la fois nouvelle et absolue. Dans la mesure où nous avons tous droit à une vie privée et au respect de notre « misérable tas de petits secrets ». Ce qui ne nous met ni à l’abri des lois ni des sanctions à la malhonnêteté.
Cette entreprise de divulgation tous azimuts des messages internet présentée comme un exercice exemplaire de démocratie, vise dans le fond à faire admettre à tous les citoyens du monde que chacun doit savoir tout sur l’autre, sur les autres, que les gouvernements, les organisations et les individus doivent aller publiquement « nus », qu’ils ne peuvent et ne doivent plus rien dissimuler. La même idéologie malsaine qui consiste désormais à demander –bientôt exiger- de voyageurs aériens qu’ils soient« dénudés » par des machines installées dans les aéroports. Pour persuader ces citoyens qu’il est dans le fond normal que n’importe qui puisse fouiller leurs correspondances, informatiques ou autres, leurs comptes bancaires, leur passé, leur fonctionnement, leurs vies privés, les dossiers médicaux, les polices d’assurance ou le fameux fichier Stic de la police. Jusque dans le plus profond de nos existences, sans qu’il y ait le moindre soupçon de délit. S’impose subrepticement l’idée très dangereuse que l’on ne doit rien dissimuler, que les vies des humains et des gouvernements doivent être exposés à tout. Ce qui ressemble au rêve de l’Union Soviétique (j’ai beaucoup donné comme journaliste dans cette atmosphère) et à celui de toutes les dictatures me met profondément mal à l’aise. J’y vois un encouragement à toutes les dérives : Facebook obligatoire pour tous, à poil tout le monde !
La frénésie de transparence déclenchée par le Président de la République me parait relever des mêmes dangers et des mêmes menaces. Ce ne sont pas des hommes et des femmes qu’il faut montrer du doigt mais un système politique et économique.
La surveillance de l’évolution du patrimoine des élus, qu’il s’agisse des membres du gouvernement et des maires ou parlementaires est nécessaire. Mais à condition qu’elle soit simplement, mais efficacement, contrôlée par un organisme à la fois public et indépendant des pouvoirs politiques qui se succèdent. Et que cet organisme soit doté de pouvoirs d’investigation efficace et d’instruments de sanction en cas de manquement à la véracité des éléments fournis par les élus et les membres d’un gouvernement. Pas besoin de mettre la vie de chacun sur Internet !
L’étalage public des biens et revenus de chacun me parait relever d’une culture du voyeurisme et du populisme. Cela revient à alimenter la culture bien française du « Tous pourris » dont chacun trouvera les conséquences maléfiques dans l’histoire du XX° siècle. Nous entrons ainsi dans un système de délation obligatoire qualifiée de « moral » ou de « Républicaine ». Alors que je n’y vois rien de moral ni rien de républicain.
Cela ne signifie pas que les journalistes d’investigation, ceux de Mediapart, par exemple, ne doivent pas enquêter sur les compromissions, les délits et des conflits d’intérêt. Mais cela ne passe pas par une délation ou une exposition permanentes, mais par un travail sérieux doublé de recoupements, de mises en perspective, de choix et d’explication. Or l’entreprise de Wikileaks relève simplement d’une délation mondialisée et celle organisée par le gouvernement comme un encouragement à la démagogie. En reprenant ces informations lancées dans la nature, les médias se font les complices d’une transparence dangereuse érigée en vertu et qui menace leur déontologie.
Il est plus urgent de se préoccuper des origines politiques des furieux organisant les commandos contre le droit au mariage pour tous que du patrimoine de la ministre de la Justice !
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