Les Roms, parias de l’Europe

Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International relève, pays par pays, l’étendue des discriminations et des persécutions envers les Roms en Europe.

Erwan Manac'h  • 23 mai 2013
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Les Roms, parias de l’Europe
© Photo : Horvat / AFP

Le tour d’horizon offre une vision d’ensemble précieuse. Le rapport annuel d’Amnesty International publié jeudi 23 mai s’arrête sur la situation de la minorité rom dans la plupart des pays d’Europe, de la Suède à la Bulgarie en passant par le Portugal. Discriminée, « ségrégée » et contrainte à un exil perpétuel, cette petite communauté fait l’objet d’une défiance particulière sur le Vieux-Continent. 

Discriminations

Dans au moins 6 pays d’Europe de l’Est[^2], la ségrégation des enfants roms reste à l’œuvre dans les établissements scolaires, contrairement à ce que recommandent la Cour européenne des droits de l’homme et la Commission européenne contre le racisme. Amnesty dénonce un « véritable système de ségrégation ethnique » en Serbie, à travers la politique de relogement des familles roms expulsées, qui les installe dans des zones isolées. 

En Bulgarie, c’est une experte indépendante de l’ONU qui s’inquiète, selon Amnesty, de la ségrégation sociale que subissent les Roms dans l’éducation, l’emploi, le logement et la santé. Une « discrimination institutionnalisée » est aussi à l’œuvre contre les Roms en Slovaquie et en Slovénie, où ils n’ont parfois même pas accès à l’eau potable.  

Amnesty rapporte le cas d’une ville du nord de la Roumanie, Baia Mare, où les autorités municipales ont été condamnées par le Conseil national de lutte contre les discriminations pour avoir dressé un mur de béton isolant les quartiers de Roms du reste de la ville[^3]. En mai 2012, la même municipalité expulsait 120 familles vers des immeubles insalubres appartenant à une usine métallurgique.

Violences 

Dans beaucoup de pays européens, dont la France, l’Italie et l’Espagne, l’ONG déplore la fréquence des expulsions de camps illégaux sans solutions de relogement. À cela s’ajoutent par endroits des violences physiques à caractère raciste. 

En Hongrie, les agressions et harcèlements, qui s’étaient soldés en 2008 et en 2009 par la mort de 6 personnes, n’ont pas été totalement endigués. Les actions d’intimidation des « groupes d’autodéfense » et du parti d’extrême droite Jobbik se poursuivent contre les Roms. Le 5 août 2012, l’une d’elles a dégénéré en jet de projectiles, « notamment des morceaux de béton », sur des maisons de Roms. 

En République tchèque, l’ONU demande (dans le cadre de l’examen périodique universel) aux autorités d’enquêter sur des cas de stérilisation forcée de femmes roms. Au début des années 2000, ce type d’agissement était également observé en Slovaquie sans que les autorités locales ne réagissent, indique Amnesty International.  

L’Union européenne exerce par ailleurs une pression sur les pays d’émigration pour qu’ils empêchent la circulation des Roms. 15 135 Roms ressortissants serbes ont formulé une demande d’asile à l’Union européenne entre janvier et octobre 2012. « En octobre, six États membres de l’Union ont prié le Conseil européen d’envisager des mesures afin de réduire le nombre de ces demandeurs » , poursuit Amnesty. La Suisse et l’Autriche ont notamment mis en place des procédures accélérées d’examen des demandes d’asile.

En Macédoine, où 1 087 Roms et Ashkalis originaires pour la plupart du Kosovo sont réfugiés, des agents du contrôle aux frontières ont ainsi « marqué les passeports [des personnes roms] pour les empêcher de tenter de nouveau de quitter » le pays.

Marseille, 28 septembre 2012, un homme contemple les meubles brûlés dans un campement de Roms, deserté sous la pression des riverains. - AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

[^2]: Croatie, Lettonie, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Grèce

[^3]: Cette décision a été annulée par la cour d’appel, qui estimait que le mur constituait une mesure de prévention contre les accidents de la route.

Monde
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