«Manif pour tous» : la justice se montre clémente envers les émeutiers des Invalides

Au cours d’un procès fleuve, 14 prévenus comparaissaient mercredi pour violence sur les forces de l’ordre. Le tribunal n’a pas suivi la fermeté des réquisitions.

Erwan Manac'h  • 30 mai 2013
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«Manif pour tous» : la justice se montre clémente envers les émeutiers des Invalides
© Photo : ERIC FEFERBERG / AFP

Une avalanche de dossiers a submergé, mercredi, la chambre 23.2 du tribunal correctionnel de Paris. Dans une grande confusion – et sous haute tension polico-médiatique – 14 personnes interpellées dimanche soir à l’issue de la « manif pour tous » étaient jugées en comparution immédiate.

Maxence, Jennifer, Pierre-Marie, Quentin… Les prévenus, âgés d’une vingtaine d’années pour la plupart, son accusés de violences contre les forces de l’ordre. Sur les 174 gardés à vue dispatchés depuis dimanche dans tous les commissariats d’Île-de-France, ils n’étaient plus qu’une poignée à être poursuivis.

La plupart reconnaissent les faits, mais se perdent dans des explications hasardeuses : « Je me suis retrouvé au milieu des affrontements alors que je rentrais chez moi » , narre Guillaume, lycéen versaillais de 18 ans, accusé d’avoir porté des coups de pied sur des policiers. « J’ai jeté un objet parce que tout le monde jetait des objets. Je me suis laissé porter par l’ambiance » , se justifie Jennifer, une étudiante en droit à Assas de 19 ans, qui fond en larmes dans sa marinière.

Maxence, un « analyste commercial » de 24 ans, en contrat chez Louis Vuitton et titulaire d’un master 2 en finance, a été interpellé à 21 h 15, deux heures après le début des violences. Dans son sac, les policiers trouvent des protège-coudes, des masques, des pétards et des feux d’artifice. Un officier de police l’identifie « formellement » comme ayant jeté une torche lumineuse sur les forces de l’ordre.

Il jure pourtant n’avoir eu aucune intention d’en découdre :

« Si j’ai jeté un fumigène, c’était en fuyant les gaz lacrymogènes. Je n’ai voulu blesser personne » , justifie le jeune homme qui dissimulait son visage derrière un masque Anonymous le soir des faits. « Les pétards, c’était sans doute pour impressionner les personnes avec qui j’étais sur place » , ajoute-t-il avec aplomb.

Illustration - «Manif pour tous» : la justice se montre clémente envers les émeutiers des Invalides

Du ferme pour tous ?

La procureure a la main lourde. Pour Maxence, elle requiert 5 mois de prison ferme et 3 avec sursis. Ses réquisitions pour les 4 autres vont de 1 à 3 mois de prison ferme, la plupart assorties d’un mandat de dépôt (incarcération immédiate). « 34 fonctionnaires ont été blessés dimanche soir » , insiste-t-elle en présentant, en début d’audience, des vidéos et témoignages de policiers décrivant un « climat insurrectionnel » et des jets très nourris de projectiles envers les policiers pendant plusieurs heures.

Dans le box, les sourires tombent à l’énoncé de ces réquisitions. « C’est un scandale » , peste Maître Jérôme Triomphe, avocat de plusieurs jeunes, qui nie la gravité des faits et politise le débat en évoquant un « contexte de terreur policière » contre les opposants au mariage homo.

« Si un jeune va en prison, ce sera l’explosion » , s’emballe même Maître Frédéric Pichon au cours d’une suspension de séance. Cet avocat des réseaux d’extrême droite, co-fondateur récemment du « Collectif des avocats contre la répression policière » (Carp) assure qu’un « mouvement » se lève et se radicalise face aux répressions.

Lire > Manif pour tous : l’inquiétante dérive de la droite

Des amendes et de la prison avec sursis

Les émeutiers écoperont finalement de simples peines d’amendes : 300 euros pour Quentin – interpellé à 22 h 30 pour un jet de bouteille – et pour Pierre-Marie, stagiaire dans une maison de disques, jugé pour des faits similaires. Le tribunal relaxe Guillaume, le jeune Versaillais, et conclut à la nullité de la procédure pour la jeune Jennifer. Pour Maxence, les juges prononcent leur peine la plus lourde : cinq mois de prison avec sursis[^2].

Au terme d’un délibéré de plus de deux heures, peu après 23 heures, les nerfs s’échauffent dans la salle d’audience bondée. 8 prévenus interpellés dimanche soir pour des faits similaires doivent encore être jugés et 12 policiers sont appellés à témoigner dans ce dossier. 00 h 25, après de longues tergiversations le tribunal décide de renvoyer les 8 affaires. Romain, un militaire toulousain de 24 ans ; Jorge, un binational cubain-allemand en bac pro restauration ; Étienne, un trentenaire père de 5 enfants ; ainsi que Louis-Marie, Thibault, Augustin, Stanislas et Louise – étudiants – seront jugés ultérieurement.

Un cofondateur du mouvement des « veilleurs », jugé la veille

Mardi, c’est un jeune étudiant de 23 ans qui comparaissait pour entrave à la circulation et participation à un attroupement après somation. Nicolas, cofondateur du mouvement des « veilleurs », qui veut incarner depuis mi-avril la ligne « pacifiste » des opposants au mariage pour tous, a été interpellé samedi sur les Champs Élysées, lors d’une manifestation sauvage. Après son interpellation, il a livré une fausse identité (le nom de sa mère) et il était le locataire du minibus qui a servi pour la manifestation, dans laquelle les policiers ont trouvé des feux d’artifice.

Après 68 heures de garde à vue dans 7 commissariats différents, il apparaît très éprouvé dans le box des accusés, encore vêtu d’un sweat-shirt bleu marine floqué du logo de la « manif pour tous ». Il dit sa « honte » face aux conditions « indignes et éprouvantes » dans lesquelles il a été détenu.

« Nous étions 7 dans une cellule de 4,5m2, sans pouvoir appeler nos proches, à devoir uriner dans la cellule ! » , lance-t-il avant de reprendre le couplet contre la « bienpensance » du gouvernement socialiste.

Son avocat, qui jure n’avoir aucune sympathie particulière pour la cause de son client, dénonce un usage disproportionné de la garde à vue. Il y voit même une « chance » pour la justice : « Je suis content qu’un jeune homme qui s’exprime [bien] puisse témoigner des conditions d’insalubrité et de violence des gardes à vue dans notre pays » , plaide Pierre-Philippe Boutron-Marmion.

Le tribunal le condamne finalement à 200€ d’amende avec sursis, sans retenir les réquisitions de 4 mois d’emprisonnement avec sursis.

Le 15 mai dernier, 12 émeutiers interpellés pour violence envers la police sur la place du Trocadéro après les célébrations du PSG écopaient de peine de 2 à 3 mois de prison avec sursis et de prison ferme pour les prévenus présentant des mentions au casier judiciaire.

Lire > PSG : cinq supporters condamnés à des peines de prison

Dans un tout autre contexte, des faits similaires valaient des peines de prison ferme aux émeutiers de Villiers-le-Bel, en novembre 2007. Un jeune homme écopait ainsi de dix mois de prison pour un jet de pierre sur les forces de l’ordre.

[^2]: Un sixième jeune homme (Emmanuel) avait demandé le renvoi de son affaire, il a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son procès, le 19 juin.

Société Politique
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