Quand François Hollande vient conforter au Qatar un luxueux Etat intégriste

Claude-Marie Vadrot  • 22 juin 2013
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Il faudrait au moins le contenu d’un livre pour lister les destructions de l’environnement ou de la nature, les mille et une manières d’exploiter les travailleurs étrangers, les censures politico-policières et les manifestations de l’intégrisme musulmans qui caractérisent chaque jour la vie du Qatar auquel le Président de la République socialiste rend aujourd’hui visite avec le même enthousiasme et la même cécité que son prédécesseur Nicolas Sarkozy dont les parlementaires et les collaborateurs se sont succédés dans cet émirat que nul visiteur plus ou moins officiel ne quitte jamais sans quelques somptueux cadeaux. Là où l’argent coule à flots, rare sont ceux qui font la fine bouche, s’y pressant pour le moindre symposium ou la plus banale des réunions. Sauf les travailleurs pakistanais, bengalis, indiens, népalais ou indonésiens entassés dans les chambres ou appartements du centre ville : ils représentent 86 % de la population et sont en général payés une misère pour le plus grand profit des Qataris qui les emploient à construire des routes et des centaines de gratte-ciels et à servir comme des esclaves les familles locales. La docilité de ces travailleurs s’appuie sur la pauvreté de leurs pays d’où ils ont émigré et sur la confiscation de leur passeport quand ils entrent dans le pays après avoir signé un contrat qui ne sera en général pas respecté…

Une observation, qui comme les autres, découle d’un séjour de deux semaines effectué lors de la tenue il y a quelques mois de la conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique. (voir le blog Doha 2012 avec les photos) Une contradiction de plus dans un Etat qui est en train d’achever la destruction du Golfe de Doha pour construire des iles artificielles sur lesquelles se concentrent tout les luxes occidentaux avec leur cohorte de grandes marques et de chefs cuisiniers médiatiques qui offrent des menus extraordinaires auxquels il ne manque que les alcools et les vins. Car dans ce « paradis », il faut être très fortuné pour avoir le droit, dans quelques restaurants et boites de privilégiés pour trouver, en toute hypocrisie organisée, de quoi braver, en toute impunité, les interdits d’un code musulman qui ne s’applique qu’aux plus pauvres. Tandis que prospère tous les trafics, y compris celui de « l’alcool interdit » dont la consommation est réservé à ceux qui en ont les moyens.

Au Qatar, les femmes, si elles ne sont pas occidentales, n’ont aucun droit et doivent respecter le voile qui ne laisse apercevoir que les yeux sous peine d’avoir des ennuis avec la police, comme tous ceux qui voudraient manifester la moindre contestation politique, qu’ils soient Qataris ou étrangers. Une règle qui s’applique de plus en plus efficacement dans les deux établissements scolaires franco-qatari où les programmes sont de plus en plus étroitement surveillés et contrôlés par les autorités, y compris s’agissant de l’enseignement de l’Histoire. Les mêmes qui encouragent et les « printemps arabes » qui ont tant de mal à se débarrasser des intégrismes discrètement financés par les associations qataris.

Alors que les entreprises françaises (comme Vinci et Bouygues) se bousculent pour construire de nouveaux immeubles immenses et vides, des hôtels luxueux, de nouvelles routes, périphériques et autoroutes, la capitale Doha est déjà le royaume exclusif de la (grosse) voiture qui laisse peu de place aux piétons dont, lorsqu’ils traversent une rue, ne bénéficient que d’une espérance de survie réduite. D’ailleurs, les piétons victimes sont en général des travailleurs émigrés et des Occidentaux inconscients ou réfractaires à une civilisation de la bagnole ou n’ayant pas les moyens de s’en acheter une.
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Dans l’intérieur du pays, essentiellement un désert, les propriétaires Qataris de 4X4 parcourent et labourent consciencieusement, dans des courses folles, les dunes qui abritent pourtant une faune très riche mais en voie très rapide de disparition.

Illustration - Quand François Hollande vient conforter au Qatar un luxueux Etat intégriste

Vivant exclusivement du gaz et du pétrole, après avoir réduit à néant son peuple de pêcheurs, le Qatar s’est transformé en moins d’une quinzaine d’années en caricature de l’Occident et plus particulièrement des Etats Unis niant tout ce qui touche de prés ou de loin à l’écologie ou a l’éducation. Seuls comptent le fric et l’oppression des plus pauvres. Tandis que les Occidentaux, à commencer par les Français, viennent y ramasser quelques miettes de richesses tout en vivant dans des quartiers privilégiés soigneusement gardés et surveillés. Le temps d’y amasser de petites fortunes en dollars.

Il est facile de comprendre comment et pourquoi ce micro état et son luxe insolent pouvaient séduire Sarkozy et ses amis qui s’y pressent toujours, ne reculant devant aucune promesse de financement. Mais il est plus difficile de comprendre comment et pourquoi un pouvoir socialiste et (parait-il) écologique se croit obligé d’y aller rendre hommage à un pouvoir religieux, capitaliste, ultra libéral, a-écologique et férocement autocrate.

Illustration - Quand François Hollande vient conforter au Qatar un luxueux Etat intégriste

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