La mairie de Perpignan leur dit « Bouge-toit de là ! »

A Perpignan, voilà deux ans que l’association Bouge-Toit s’efforce de trouver un logement à des familles de sans-papiers. Une initiative populaire qui n’est pas du goût de la mairie.

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Depuis sa création, l’association Bouge-Toit travaille à attirer l’attention des pouvoirs publics sur les problèmes de mal-logement à Perpignan. Une vocation qui l’a orientée, presque naturellement, vers les sans-papiers. En vertu de diverses directives du ministère de l’Intérieur, les familles résidant dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) se retrouvent expulsées 15 jours après avoir été déboutées. Les militants de Bouge-Toit ont ainsi rencontré de nombreuses familles, notamment d’origine caucasienne, se trouvant dans une situation kafkaïenne : alors qu’elles se trouvent en instance d’expulsion en France, leur pays d’origine refuse de les voir revenir. Des expulsés « inexpulsables », si ce n’est de leur centre d’accueil.

Pour remédier à ces problèmes d’hébergement , les militants de Bouge-Toit ont successivement réquisitionné trois lieux. Le premier d’entre eux : les logements de fonction de l’école Jeanne Hachette, en plein centre-ville de Perpignan. « Ça tombait bien » , se réjouit Anne Gaudron, présidente de la Ligue des droits de l’Homme en Pyrénées-Orientales, « ils venaient d’être rénovés » . Le 3 février 2011, 4 familles, soit aujourd’hui 7 enfants et 10 adultes, sont installées dans leurs nouveaux logements. Un jardin pédagogique est même aménagé pour l’occasion.

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Illustration - La mairie de Perpignan leur dit « Bouge-toit de là ! »

Un an plus tard , de nouvelles familles cessent d’être hébergées par le CADA. Bouge-Toit réquisitionne alors des locaux appartenant au Conseil Général. 5 familles s’installent dans les bureaux vides. Au mois de juin dernier, 5 autres familles se retrouvent à la rue avant d’être relogées dans le local des roulants, au sein même de la gare SNCF.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que ça marche par vagues » , explique Anne Gaudron. Des vagues qui, à chaque fois, ont été endiguées par une mobilisation citoyenne admirable. Mais pour combien de temps encore ? La mairie (UMP) a fourni en janvier dernier un début de réponse à la question. En guise de cadeau de jour de l’an, des policiers s’introduisent dans les locaux de l’école primaire Jeanne Hachette et une « sommation de déguerpir » est remise à chacune des quatre familles hébergées sur place. Les documents stipulent : « Je vous fais sommation d'avoir à quitter les lieux (…) que vous occupez et ce sous les huit jours à compter de la date indiquée en tête de la présente sommation. » Une situation qui s’explique par une volonté de la mairie d’effectuer des opérations immobilières sur les locaux. Mais pour l’instant, personne n’a dû déménager. « La mairie a voulu prendre une mesure pour la forme. On sera probablement tranquille jusqu’au municipales » , explique Anne Gaudron.

Au début du mois de septembre 2013 , même traitement pour les familles logeant dans les locaux de la gare SNCF. La sommation de déguerpir a néanmoins pu être annulée par l’association Bouge-Toit pour cause de vice de forme. Pour Anne Gaudron, la situation est légèrement moins préoccupante pour les familles logeant dans ces locaux : « On connaît la sensibilité de la SNCF sur le sujet. »

En attendant, le gros travail des associations de soutien aux sans-papiers reste de trouver aux familles… des papiers. Une besogne évidemment difficile. « Le préfet nous a dit que si nous expulsions les familles, il pourrait faire en sorte d’étudier leur dossier. Mais il ne donne aucune garantie » , déplore Anne Gaudron.

L'association a lancé un appel au soutien financier et une pétition de soutien.

Appel au soutien financier Pétition de soutien


Photos: DR

Site internet de l'association: http://bouge-toit.blogspot.fr/

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