La fin politique de Berlusconi

Le Sénat italien a déchu le Cavaliere de son poste de sénateur suite à sa condamnation définitive pour fraude fiscale le rendant inéligible. Mettant ainsi fin à 20 ans de vie politique.

Olivier Doubre  • 28 novembre 2013
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La fin politique de Berlusconi

Dernier mot. « Une journée amère et de deuil pour la démocratie. » C’est la phrase prononcée par Silvio Berlusconi devant une foule compacte de ses supporters du haut de la tribune d’un meeting de protestation à Rome, sous les balcons de son immense hôtel particulier. À ses pieds, les militants de son parti, arrivés des quatre coins d’Italie, entonnent l’hymne éponyme de sa formation politique, Forza Italia – aux paroles ridicules, pour ne pas dire débiles –, interrompue par des « Silvio, Silvio, Silvio ! »

Il reste qu’au terme de vingt ans de vie politique au premier plan, Silvio Berlusconi vient (enfin) d’être déchu de sa fonction de sénateur de la République italienne. Ce vote historique en séance plénière, advenu hier, était attendu depuis des mois, après que la Cour de cassation eut rejeté, l’été dernier, l’ultime pourvoi contre sa condamnation pour fraude fiscale. S’il a fallu autant de temps pour appliquer la loi électorale – qui interdit à un parlementaire condamné de façon définitive de rester en fonction et, ironie de l’histoire, fut adoptée avec les voix des parlementaires berlusconiens –, c’est que le gouvernement Letta, en fonction depuis fin avril, repose sur une alliance (contre-nature) entre le Parti démocrate et la formation dont Silvio Berlusconi est le fondateur et jusqu’à récemment le leader incontesté (qui compte cinq ministères).

Lâché par ses troupes

Le Cavaliere aura bien tenté jusqu’au bout de mettre son maintien en fonction dans la balance, menaçant sinon de faire tomber l’exécutif. Mais ce sont ses propres troupes – qui poussent aujourd’hui de (doux et hypocrites) cris d’orfraie – qui l’ont proprement « lâché » il y a plusieurs semaines, en refusant de quitter le gouvernement et en lui reconduisant la confiance. Dès lors, les jeux étaient faits et la commission des élus et de l’immunité du Sénat avait voté déjà début octobre la déchéance de l’ancien président du Conseil, entré de façon fracassante en politique il y a exactement vingt ans, en décembre 1993. Il ne manquait plus qu’un vote en séance plénière qui, s’il a tardé à venir, ne faisait presque plus de doute.

C’est chose faite depuis hier. Silvio Berlusconi, âgé de 77 ans, déclaré inéligible et déchu de ses droits civiques pour deux ans par la cour d’appel de Milan, ne devrait donc pas retrouver un jour son banc au Sénat. D’autant plus que la loi électorale prévoit, pour sa part, qu’un parlementaire déchu pour cause de condamnation judiciaire devient inéligible pour… six ans. Quoi qu’il en soit, que ce soit pour deux ou pour six ans, l’âge de Berlusconi semble bien laisser présager un départ définitif du Parlement.

Faut-il pour autant croire à la forclusion d’une page – longue de deux décennies – de la vie politique transalpine, emplie de pollution populiste, souvent raciste et surtout de confusion entre l’intérêt général et les intérêts d’un seul, parmi les plus riches de la planète et première fortune d’Italie ? Prenons garde aux considérations hâtives et définitives. Le vieux Cavaliere n’est pas du genre à vite se déclarer vaincu…

Monde
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