Une mairie PC appelle Valls à la rescousse contre un campement de Roms

La maire de Saint-Ouen demande l’expulsion rapide d’un imposant campement de Roms qui gêne l’approvisionnement d’une centrale de chauffage.

Erwan Manac'h  • 13 novembre 2013
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Une mairie PC appelle Valls à la rescousse contre un campement de Roms
© Photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Manœuvre électoraliste sur fond d’hystérie anti-Roms ? Risque d’une crise sanitaire sans précédent en Île-de-France ? Lorsqu’une mairie PCF appelle Manuel Valls à la rescousse pour démanteler un campement de Roms, on s’interroge.

Depuis le mois de juillet, un campement s’est installé sur une friche industrielle et une partie de voie ferrée menant à une centrale à charbon, sur la commune de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Occupé par 400 personnes environ en juillet, il compte aujourd’hui plus de 800 occupants, Roms de Roumanie pour la plupart, avec un tiers d’enfants, explique le cabinet de la maire PCF, Jacqueline Rouillon.

« Un danger élevé et imminent »

S’estimant « totalement incapable de gérer la situation » , Jacqueline Rouillon, la maire PCF de Saint-Ouen, a appelé vendredi 8 novembre l’État et le ministre de l’Intérieur « à la responsabilité » … Et à une expulsion rapide. « Un danger élevé et imminent » pèse sur les occupants du campement en raison de la proximité des voies ferrées, s’inquiète-t-elle, et « le bon fonctionnement de l’ensemble de l’agglomération parisienne » est menacé[^2].

Car le campement empiéterait sur 100 mètres de voie ferrée servant à l’approvisionnement d’une centrale de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), selon la mairie et la CPCU. L’usine, adossée à une centrale de retraitement des déchets, alimente tous les hôpitaux parisiens, une grande partie des crèches et 110 000 foyers. La CPCU se dit contrainte d’intensifier son approvisionnement par camions pour compenser le blocage de la voie ferroviaire. En cas de vague de froid, l’usine devra mobiliser une centaine de camions pour s’alimenter en charbon, indique-t-elle.

Inacceptable pour la ville de Saint-Ouen, soucieuse de protéger une zone en plein aménagement où « le plus vaste écoquartier des bords de Seine » est en train de sortir de terre. Trop coûteux également, pour la CPCU, qui agitait même en septembre un risque qu’elle ne soit « plus en mesure de faire face à [ses] obligations de service public  (…) si la situation perdurait » . Le ton s’est adouci depuis, et l’entreprise publique semble aussi s’inquiéter dans cette affaire de préserver un terrain qu’elle doit acquérir pour l’extension de ses activités avec une centrale à la biomasse.

Médiation

Le tribunal de Bobigny a rendu le 2 octobre une ordonnance prononçant l’expulsion du campement dans un délai de 2 mois avant l’intervention des forces de l’ordre. Ce qui laisse aux occupants jusqu’au 12 décembre pour quitter les lieux. Sans autre forme d’accompagnement, pour l’heure, que le fameux « diagnostic social » que la préfecture commande lorsqu’une expulsion est imminente.

Pour les associations qui accompagnent les familles roms, cette pression est exagérée. « Les cabanes n’empiètent pas sur la voie ferrée » , affirme ce mardi Samir Mile, de l’association La voix des Roms. « Avec une vraie démarche de médiation et un travail de pédagogie, un accord aurait pu être établi [entre] les familles » et la municipalité, regrette aussi Martin Favreau, de l’ONG Première Urgence, aide médicale internationale (PU-AMI), engagée depuis le mois de septembre 2012 dans un programme de médiation sanitaire à Saint-Ouen[^3].

La mairie de Saint-Ouen est pourtant déterminée à ne pas gérer seule un tel campement. Elle demande une expulsion « au plus tard le 12 décembre » et un partage de l’effort d’accompagnement entre les communes du département. Ses pressions ont poussé la préfecture de Seine-Saint-Denis à réunir ce mardi les propriétaires des terrains pour un premier tour de table.

« On tourne en rond »

Ce campement s’est constitué au gré des expulsions, cet été, dans plusieurs communes d’Île-de-France. « On a retrouvé des familles avec qui nous travaillions sur d’autres lieux de vie, notamment à Saint-Denis ou même dans le Val-de-Marne , raconte Martin Favreau.

« On tourne en rond et on ne règle pas le problème. Si toutes les communes de Seine-Saint-Denis participaient à l’effort d’accompagnement, les 7 500 Roms présents sur le département ne seraient pas un problème » , indique-t-on ce mardi à la mairie de Saint-Ouen en mettant en avant l’initiative du « village d’insertion », mis en place en 2008 par la commune après l’expulsion du « grand camp des Docks ».

Avec un apport financier du ministère de l’Intérieur, Saint-Ouen a ainsi accompagné 14 familles et a scolarisé leurs enfants. Cinq familles ont été relogées par la ville et la préfecture de Seine-Saint-Denis, 5 autres ont rejoint le village d’insertion d’Aubervilliers.

Faute de subvention, ce dispositif présenté comme une des solutions au problème de l’accueil des familles roms a pris fin en juillet 2013. Sept familles sont en instance d’expulsion, à quelques mètres de l’immense bidonville qui s’est installé cet été.

Pression municipale

La situation sanitaire dans le campement est « alarmante » , raconte Martin Favreau, confirmant les inquiétudes exprimées par la mairie de Saint-Ouen. Mais les expulsions à répétition ont, selon lui, un impact direct sur la santé des familles : 

« Elles rompent le lien entre les structures socio-sanitaires et les familles, et anéantissent tous les efforts déployés pour instaurer un véritable suivi médical. En fonction de l’endroit où les familles se réinstalleront, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir poursuivre notre travail ou que notre message demeure audible » , raconte Martin Favreau.

« L’urgence sanitaire n’est pas plus compliquée qu’il y a dix ans ou qu’il y a dix mois , peste aussi Samir Mile, qui critique fermement la soudaine pression municipale. Il faut se poser la question de l’accompagnement sur le temps long. Après une expulsion, les gens ne disparaissent pas » , précise-t-il. « La plupart des occupants sont en France depuis de longues années, ce sont des gens qui vont de toute façon se réinstaller à proximité en cas d’expulsion » , avertit aussi Martin Favreau.

Il faut dire que la municipalité sortante s’engage dans une bagarre politique compliquée. Le Parti socialiste se présente contre lui aux municipales 2014. L’urgence sanitaire a aussi, à Saint-Ouen, un caractère électoral.

[^2]: « La desserte ferroviaire du port autonome de Gennevilliers, la circulation du RER C et du transilien H pourraient, à leur tour, se retrouver bloquées si les agents de la SNCF faisaient valoir leur droit de retrait » , surenchérissait vendredi la mairie de Saint-Ouen dans son communiqué.

[^3]: PU-AMI mène des activités de médiation sanitaire auprès des résidents des bidonvilles et des squats parisiens depuis mai 2012.

Société
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