Choses vues en Ukraine: les ultra nationalistes manipulent l’insurrection

Claude-Marie Vadrot  • 31 janvier 2014
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En arrivant à la place de l’Indépendance, il est facile de comprendre que l’insurrection multiforme en cours à Kiev, comme dans d’autres villes de l’Ouest ukrainien, n’a pas grand-chose à voir avec la Révolution orange de l’hiver 2005. La résistance tranquille sous les milliers de tentes alignées le long de l’avenue menant à la place Maidan a laissé place à un quartier hérissé de barricades cerné par des forces de police sur le pied de guerre. Remparts de matériaux de construction et de grilles gardées par des groupes armés souvent protégés par des boucliers. Soit bricolés, soit arrachés à des policiers. Les obstacles difficilement franchissables s’étendent jusqu’au stade de football de la ville, tout prés des bâtiments gouvernementaux. La violence est perceptible de part et d’autre, même si, dimanche, les habitants de Kiev sont venus se promener parmi les insurgés avec leurs enfants, souvent porteurs de thermos de thé ou de café bouillant.

Dans les groupes qui résistent à une température de 15° en dessous de zéro, il y a de tout. D’abord des fans de l’Europe qui comptent sur la réunion du 28 janvier entre Poutine et les représentants de l’UE et sur la venue cette semaine de la responsable de la diplomatie européenne, pour faire plier le président Ianoukovitch. Ensuite des nationalistes encouragés par des prêtres orthodoxes et qui ne veulent entendre parler ni de l’Europe ni de la Russie. Des nationalistes qui se reconnaissent dans les slogans de Pravy Sektor (La Droite) et crient à « la mort programmée de l’Ukraine » avec un langage que ne désavoueraient ni le Front National ni les nationaliste russes. Comme Dmitri, jeune informaticien, qui explique que tout le monde veut « la disparition de notre pays. Avec le déferlement de la musique occidentale, la pornographie, la prostitution et le pillage de nos ressources. Tous veulent la mort de notre nation » . Ce sont eux qui ont réagi brutalement lorsque le président ukrainien a proposé à deux des leaders de l’opposition de prendre en main la responsabilité du gouvernement. Ce sont eux qui ont organisé la conquête de plusieurs bâtiments officiels où ils viennent périodiquement se réchauffer et se restaurer.

Ces tenants de ce qu’ils nomment la Révolution Nationale sont décidés à aller « jusqu’au bout » et expliquent que les premiers morts et martyrs de la révolte –entre 4 et 7 selon les sources- vont faire basculer l’opinion publique. Ils ne se préoccupent guère de l’ancien premier ministre, Julia Timochenko, en prison depuis plus de deux ans. Ils assurent que des éléments de la police et de l’armée leur ont fourni des armes à feu qu’ils pourraient rapidement sortir et utiliser. Certains montrent discrètement des pistolets.

Bien que très divisés, les « émeutiers » pourraient transformer la révolte des uns et des autres en tragédie alors que Kiev et une partie de l’Ukraine occidentale ont cessé toute activité économique et que le Président est aux abonnés absents…

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