Nouvel appel contre le mal-logement

Soixante ans après l'appel de l'abbé Pierre, le mal-logement s'aggrave en France. 3,5 millions de personnes sont très mal logées ou à la rue, alerte la Fondation Abbé-Pierre dans son rapport annuel.

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« Mes amis, au secours, une femme vient de mourir gelée.* Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit où on lise : “Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime.” »

1er février 1954 : l’abbé Pierre lance son appel en faveur des sans-abri. Soixante ans plus tard, la situation a encore empiré. « La crise du logement s'est accentuée » pour atteindre des niveaux « sans précédent »  : 3,5 millions de « très mal logés » , dont 141 500 sans abri, et 85 000 personnes vivant dans des habitations de fortune. 10 millions de personnes concernées par la crise. Une hausse de 50 % depuis 2001. Pour un ménage sur cinq, le taux d'effort (part des dépenses consacrée au logement) dépasse les 40 % des revenus.

C’est ce que dénonce la Fondation Abbé-Pierre (FAP) dans son rapport annuel sur le mal-logement. La seule enquête indépendante sur le logement en France. La seule source de données régulières aussi, la dernière enquête publique, celle de l’Insee, remontant à 2006. C’est dire si le logement pâtit d’un manque d’attention des pouvoirs publics. Pourtant, c’est la clé de voûte du système social, avec l'emploi. C'est ce qu'ont répété toutes les intervenants de la conférence de presse organisée à Paris le 31 janvier, de Christophe Robert et Patrick Doutreligne, de la FAP, à la ministre du Logement, Cécile Duflot, en passant par les professionnels et les militants rassemblés à plus de deux mille dans une grande halle, porte de Versailles.

Le gouvernement restreint les aides au logement

« Jamais la précarité de l'emploi et la précarité du logement n'auront été autant liées », a alerté Christophe Robert. Qui dit emploi précaire ou partiel dit difficulté à trouver un logement ou risque de le perdre. En outre, il y a trente ans, 21 % des citoyens disaient devoir restreindre leurs dépenses alimentaires et de santé. Ils sont 44 % aujourd'hui.

« Les aides au logement sont les aides sociales les plus importantes. C'est pourquoi nous sommes très choqués des restrictions que le gouvernement vient de décider concernant les APL. Le nombre de bénéficiaires chute de 22 à 17 %. C'est pourtant quand la crise est la plus dure qu'il faut renforcer les aides ! »

Les demandes de logements sociaux ont explosé : 1,7 million de personnes ont déposé une demande, seul un quart obtiendraient une réponse positive.

Illustration - Nouvel appel contre le mal-logement - Bidonville près de Paris, mai 2013 (Crédit: FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Un plan pour le Dalo et contre les bidonvilles

En plus de l'anniversaire de l'appel de l'abbé Pierre, le rapport de la FAP paraît alors que la loi Alur sur le logement est en deuxième lecture au Sénat. « La loi Alur permet des avancées – dont le passage à 25 % de logements sociaux [dans les communes] et l'encadrement des loyers –, mais elles seront loin d'être suffisantes » , a souligné la FAP. « En matière de logement, on est en permanence en train d’essayer de concilier la réponse à l'urgence et les réformes structurelles » , s’est excusée Cécile Duflot. Qui a profité de l'événement pour faire trois annonces :

– Un plan pour le Dalo : « Une loi qui n'est pas appliquée au bout de quatre ans, c'est qu'il y a un problème. »

– Un plan de résorption des bidonvilles : « Les démantèlements provoquent l'installation de nouveaux bidonvilles alors que nous avons les moyens de trouver des solutions. »

– L'extension de la trêve hivernale aux occupants « sans droit ni titre » d'un logement ou d'un terrain.

« Cette dernière annonce est un “demi-mensonge” » , a tempêté Jean-Baptiste Eyraud, du DAL, à l'issue de la matinée. « Nous réclamions le rétablissement de la trêve hivernale pour tous, tel que prévu dans la loi du 3 décembre 1956. Or, dans le texte qui a été voté au Sénat, la décision revient au juge. »

Nouvelle priorité : la précarité des seniors

La question du logement est un dossier très technique. Les lois qui encadrent le logement en France sont mal appliquées, SRU et Dalo en tête. Les dispositifs comme les aides de la CAF sont abscons.

Mais c'est aussi un dossier très basique, aisément compréhensible par tout le monde, comme l'a illustré le témoignage filmé de madame Marie, diffusé sur un grand écran. Cette dame à quelques années de la retraite, aide à domicile à temps partiel, veuve depuis deux ans, ne parvient pas à payer son loyer de plus de 800 euros avec un salaire de 900 et quelques euros. « Dans quelques années, quand elle sera à la retraite, cela va encore s’aggraver !  » , s'est alarmé Patrick Doutreligne. La précarité des seniors, c'est la nouvelle priorité.

D’où la nécessité d'agir avant que les gens ne basculent, de construire davantage de logements sociaux et très sociaux, de développer l'hébergement d'urgence. « Le logement est une question éminemment politique , a martelé Cécile Duflot. L'État doit intervenir, mais les élus locaux et les citoyens ont leur rôle à jouer : entendre des élus commencer leur campagne pour les municipales en annonçant qu’ils ne respecteront pas les 25 % de logements sociaux, c'est très choquant. »


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