Cannes 2014 : « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan

Christophe Kantcheff  • 15 mai 2014
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Cannes 2014 : « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan

Illustration - Cannes 2014 : « Grace de Monaco » d'Olivier Dahan

« On achètera une ferme près de Montpellier. » Ah ! Comme je regrette de n’être pas un spécialiste de l’histoire de la Principauté pour savoir si, oui ou non, Grace de Monaco, dans un moment de tendresse amoureuse, a bien prononcé ces mots dans l’oreille de son Rainier au bord d’abdiquer, alors que les affaires du Royaume battaient de l’aile – nous sommes au début des années 1960. « On achètera une ferme près de Montpellier. » Mais si le couple royal l’avait fait, il nous aurait privés de ce film d’Olivier Dahan, qui fait l’ouverture du festival, et c’eût été… dommageable !

Car j’en aurais ignoré des choses ! Ainsi, je resterais sans savoir qu’en 1962, au moment où la France connaît de menus problèmes en Algérie, les tensions entre elle et Monaco ont été sur le point de déclencher une guerre et l’invasion du Rocher par les troupes du général de Gaulle ; que l’embargo économique a failli réduire en guenilles le « peuple » monégasque (le terme revient plusieurs fois dans le film, un régal) ; et que celle qui a su amadouer le redoutable président de la République française, tout prêt de bombarder la Principauté, c’est la belle Grace – qui au début du film n’avait aucun talent diplomatique, mais ça s’est arrangé en cours de route.

Oui, ce serait dommage. Mais il ne faut peut-être pas croire tout ce que j’ai vu. Car c’est là que le bât princier blesse et que la polémique gronde. Sur la base de la lecture du scénario et de la bande annonce, la famille Grimaldi a dénoncé dans un communiqué très officiel une trahison historique « à des fins purement commerciales » . Tandis que le réalisateur, qui n’est pas un historien mais un « artiste » , dit-il, riposte en brandissant son « droit à la fiction » .

Illustration - Cannes 2014 : « Grace de Monaco » d'Olivier Dahan

Ainsi personne n’aurait d’arrière-pensées. Quand Stéphanie de Monaco lâche, un peu candide, dans Monaco Matin , que « ce film ne fait pas l’éloge de Monaco, ni du grand homme qu’était mon père, le prince Rainier » , on ne devine pas, mais pas du tout, que la seule œuvre acceptable aux yeux du Palais serait un panégyrique pur et simple. Tandis qu’Olivier Dahan ne joue en aucun cas sur les deux tableaux en brandissant d’un côté un « droit à la fiction » bien commode et qui ne balaie pas pour autant son devoir d’être artistiquement responsable, et de l’autre en donnant à son film tous les atours du biopic, allant jusqu’à utiliser des images d’archives où l’on devine (sous le voile de mariée) la vraie Grace Kelly, et en rendant ses sosies (Hitchcock, de Gaulle…) les plus authentiques possible.

Rainier (Tim Roth) ne se sort pas très bien de ce film (en cela Stéphanie n’a pas tort, sans l’avoir vu) : il est soupe-au-lait, autoritaire avec sa femme, faible politiquement. Grace (Nicole Kidman, filmée en très gros plans, que la chirurgie esthétique rend étrange sans lui donner l’air, à 47 ans, d’avoir les 33 ans de Grace Kelly alors) devient quant à elle une grande héroïne, une Jeanne d’Arc des temps modernes. Peu avant la fin, elle prononce un discours qui est le clou du film, où Kidman est filmée tel que Chaplin se mettait en scène dans le Dictateur lors de son grand discours au monde (ce qui indique l’ambition face au spectateur incrédule). Sauf que Grace nous dit ici, en des termes insolemment mièvres, que pour être heureux, il faut savoir faire des sacrifices (elle a abandonné la glamour Grace Kelly pour devenir Grace de Monaco). C’est un peu plus restreint que le message universaliste qu’il prétend être mais en tous points conforme… aux sermons de nos actuels gouvernants ! Voilà pour la part de rêve. Le festival commence sur un moment de grâce…


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