Ukraine: trop de morts, les séparatistes, la démocratie, des voyous pillards et Poutine en prudente marche arrière…

Claude-Marie Vadrot  • 5 juin 2014
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D’abord, il y a les morts. Ceux de l’armée ukrainienne, ceux des forces pro-russes. Les uns comme les autres, méritent la considération, le respect et des regrets. Un gâchis né d’une volonté d’autonomie de quelques uns, de la volonté logique d’un Etat de vouloir conserver son unité exigée par beaucoup d’autres et du machiavélisme de Vladimir Poutine désireux de s’offrir des victoires, en Crimée ou ailleurs, pour conforter le nationalisme et les racismes sur lesquels repose son pouvoir de domination sur son peuple fatigué des épreuves, de la pauvreté, des services publics défaillants et du chômage tandis que règnent les oligarques milliardaires. Pourvus qu’ils soient bien en cours au Kremlin. Tous ceux qui sont morts, unitaires ou séparatistes, ont été tués par le tsar de Russie que la longue fréquentation du KGB a rendu indifférent au sort des hommes : en Ukraine, en Russie, en Tchétchénie, au Daghestan et en Syrie. Liste non limitative. A tous les morts parmi les forces qui s’affrontent encore sporadiquement, il faut ajouter les civils, femmes, hommes et enfants tués ou blessés en s’efforçant de fuir les lieux d’affrontements, notamment à Slaviansk et dans ses environs.

                      **Les milices de voyous** 

A ce tragique bilan, il faut ajouter les exactions de nombreuses milices qui se disputent un pouvoir incertain à Slaviansk, à Donetsk, Marioupol et dans de plus petites villes. Des milices qui, sous couvert de faire respecter l’ordre, sèment en fait le désordre. D’autant plus qu’elles protègent ou organisent les destructions et le racket de groupes qui, depuis deux mois, extorquent aux commerçants un « impôt révolutionnaire » dont elles promettent qu’il sera remboursé lorsque les troupes russes quand elles s’installeront définitivement, affirment-ils, dans la région orientale de l’Ukraine. Des milices qui organisent aussi un saccage et un pillage des magasins, qu’il s’agisse de grande surfaces alimentaires, d’installations de vente d’automobiles ou de vendeurs d’appareils ménagers ou d’informatique. Une situation d’insécurité qu’un « bataillon » essentiellement composé de soldats russes infiltré depuis la Russie et la Crimée tente depuis la fin du mois de mai de rétablir.

Mais pour l’instant, au moment où le président Poutine arrive à Paris, ce « régiment Vostok (Est en russe») dirigé par un ancien colonel des forces de sécurité russe, Igor Strelkov, n’a pas réussi, ni à Donetsk ni ailleurs, à débarrasser la partie orientale de l’Ukraine des bandes de voyous, voire de criminels, qui mettent les villes et certains village en coupe réglée. De plus, de plus en plus fréquemment, ils se battent entre eux pour la maitrise des territoires dont ils veulent prendre ou conserver le contrôle. Beaucoup de ces groupes, dont certains ont été constitués par des maffias locales, sont très bien armés. Ils font régner la peur, voire la terreur, sous prétexte de préparer l’annexion par la Russie des six millions d’Ukrainiens de l’Est (sur 46 pour tout le pays) dont tous, il s’en faut de beaucoup, ne souhaitent pas être séparés de leur pays, quelle que soit la langue qu’ils parlent.

                **Un désordre qui arrange trop de monde** 

Mais les séparatistes hystériques, ceux qui ont organisé un « référendum » pour lequel aucun sérieux décompte de votants n’a été publié (comme en Crimée), les voyous qui se servent du bouclier indépendantiste pour entretenir le fructueux désordre qui arrange leurs affaires et renforcent des groupes qui ne parlent même plus d’indépendance, les Russes déguisés en « militaires non identifiés » mais détenteurs d’armes lourdes et de missile sol-sol et sol-air, des politiciens locaux qui cherchent à se refaire une virginité, ont réussi tenir le pari fait par Poutine dés le début de la crise : jeter la région dans le désordre et l’anarchie sous couvert de démocratie. Mais ce genre de situation, c’est bien connu, y compris depuis l’éclatement de la Yougoslavie, finit par échapper à ses initiateurs. Et que la transformation de légitimes désaccords et d’une discussion sur le degré d’autonomie des provinces ukrainiennes en incompréhensions et en affrontements peut déraper. L’idée qu’il faudrait « siffler la fin de la partie » fait d’ailleurs son chemin au Kremlin. Mais, il n’est jamais simple de désamorcer une crise que l’on a provoquée…

Des dizaines de milliers de réfugiés

La faible ampleur des manifestations pro-russes, malgré les efforts des « militaires » indépendantistes qui annoncent tous les deux jours l’arrivée des troupes russes, comme toutes les conversations avec les uns ou les autres, montrent clairement que rares sont Ukrainiens de l’Est qui avaient voulu provoquer le chaos qui entraine, entre autre, une forte et régulière augmentation des prix de l’alimentation, des médicaments et des produits de première nécessité. Ils sont nombreux ceux qui expliquent l’air catastrophé ou inquiet « qu’ils n’avaient pas voulu cela ». Résultat alors que 3000 ou 4000 sont partis de réfugier de l’autre côté de la frontière russe, ils sont plusieurs dizaines de milliers de personnes, partisans de l’Ukraine unie ou d’un certaine fédéralisme, voire d’une association économique à la Russie, à avoir fuit l’Est du pays pour se réfugier à Kiev, dans le Nord ou même le Sud du pays. Tous unis dans la crainte du désordre de guerre qui détruit leurs provinces où ils vivaient en bonne intelligence, qu’ils parlent d’abord russe ou d’abord ukrainien.

    **Porochenko ou Poutine: qui est le démocrate ?** 

De plus, la plupart de ceux qui restent sur place contraints et forcés et tous ceux qui ont pris le chemin de l’exil, s’avouent impressionnés par l’élection, par 54,1 % des voix, du nouveau président, Petro Porochenko. Cette élection calme et incontesté tranche singulièrement avec le désordre électoral de l’Est où milice et « militaires » gardaient les urnes et allaient chercher les votants. « Je n’aurais pas voté, pour lui, explique un jeune informaticien réfugié à Kiev, mais c’est la majorité qui a décidé. Avec notre participation, son score aurait été à peu prés le même. On n’est pas démocrate parce que l’on refuse de voter ou que l’on empêche de voter ! »

Même si Porochenko, le milliardaire du chocolat, n’est ni un perdreau de l’année, ni un dangereux progressiste, et a déjà beaucoup fréquenté les pouvoirs, à tort ou à raison, dans un pays libre à la presse libéré, les Ukrainiens lui ont fait confiance et apprécient son courage physique. Peut-être parce que son calme et sa modération, qu’on l’aime ou non, impressionne ; mais probablement aussi parce que beaucoup d’électeurs se sont souvenus qu’il avait soutenueau et même aidé financièrement la « Révolution Orange ». Difficile de qualifier sont pouvoir de « fasciste » ou de « nazi » comme le font encore des excités en France ou dans l’Est Ukrainien. D’ailleurs, mesurant les conséquences économiques de ses positions et réalisant que la situation et ses « créatures » ont largement échappé à son pays, Vladimir Poutine sera officiellement représenté ce vendredi à la cérémonie de prestation de serment du nouveau président ukrainien.

Repli tactique ou crainte d’un énorme dérapage ? Il y a quelques jours, rappelant que la démocratie n’est pas sa tasse de thé, Vladimir Poutine a de signé un accord de coopération économique et politique avec deux dictatures féroces : le Kazakhstan et la Biélorussie. Mais les « amis » de Poutine, à l’extrême gauche ou à l’extrême-droite lui trouveront sans doute mille excuses et de bonnes raisons d’avoir conforté le pouvoir de deux tyrans…

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