Didier Fassin : « La prison, un lieu vide de sens »

Au terme d’une enquête en immersion, Didier Fassin renouvelle l’approche des sciences sociales sur le système carcéral.

Olivier Doubre  • 5 février 2015 abonné·es
Didier Fassin : « La prison, un lieu vide de sens »
© **Didier Fassin** est anthropologue et sociologue à l’Institute for Advanced Study de Princeton (États-Unis).**L’Ombre du doute. Une anthropologie de la condition carcérale** , Didier Fassin, Seuil, 612 p., 25 euros.Photo : Pappon / AFP

Didier Fassin propose un travail ethnographique en profondeur, résultat de près de cinq années d’immersion « en détention ». Il construit ainsi un portrait minutieux de la condition carcérale. Ce travail fait suite à une autre enquête du même ordre sur la « police des quartiers »  : la Force de l’ordre (Seuil, 2011). Non sans souligner la grande différence entre les deux institutions puisque, contrairement à la police, la prison, « lieu d’enfermement par excellence, est en France un espace ouvert à la recherche en sciences sociales » …

À l’opposé de la perspective classique des chercheurs à propos de la prison, monde strictement fermé, avec sa culture propre, vous avez voulu vous situer en dehors d’une approche dite « insulariste ». Pourquoi ?

Didier Fassin : On peut distinguer deux dimensions de la prison. En tant qu’expérience – celle des détenus avant tout –, elle est quelque chose d’irréductible, un monde dur, réglé, opaque, et surtout une épreuve de contrainte, de privation, de souffrance. On ne peut donc pas dire, comme Michel Foucault, qu’il existe un archipel carcéral s’étendant à

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