Après la pénurie d’essence, la pénurie de festivals ?

Alors que le Medef et la CFDT refusent de valider l’accord du secteur sur les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, les intermittents menacent d’annuler les festivals. La hantise du gouvernement.

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C’est l’un des scénarios que le gouvernement redoute : l’annulation des festivals d’été à cause de grèves massives des intermittents. Alors que le tourisme international est en berne du fait de la menace terroriste et que la pénurie d’essence en France a fait les choux gras de la presse étrangère, Manuel Valls et François Hollande, très inquiets pour l’image de la France, comptaient sur les festivals pour montrer qu’au moins, le monde de la culture tournait (à peu près) rond sous leur règne. C’est raté.

A quelques jours du lancement de l’Eurode foot, la grogne des intermittents prend de l’ampleur. Sur Facebook, un appel au « boycott » de la compétition sportive « tant que les accords avec l'Unedic ne sont pas totalement débloqués, et que le projet de loi El Khomri n'est pas totalement retiré » a été lancé auprès des intermittents de l’audiovisuel. Plus de 2 300 internautes se sont dits « intéressés » pour y participer. La FASAP-Force Ouvrière elle aussi appelle « les techniciens engagés pour la Coupe d’Europe de football à préparer la grève dès le 10 juin ».

Le spectre de l’annulation du festival d’Avignon, comme en 2003, revient là encore sur le devant de la scène. Comme un coup de semonce, mercredi, 30 intermittents sont montés sur la scène de l’Opéra de Rennes, empêchant la représentation d’un opéra de Mozart (lire ici). « Nous avons des éléments très précis pour faire grève y compris sur le montage des festivals qui commencent maintenant », a menacé Denis Gravouil, de la CGT-Spectacle. « Valls et Hollande se fichent du sort des intermittents, ce qui compte pour eux, c’est de savoir si les festivals d’été seront annulés ou pas. Alors, s’ils ne comprennent que ça… », avertit de même Samuel Churin, porte-parole de la Coordination des intermittents et précaires qui appelle, avec la CGT notamment, à une grève « illimitée » et à l’organisation d’une AG, lundi prochain à 19h, dans « un grand théâtre ».

Derrière la Loi Travail, l’assurance-chômage (et inversement)

Ce qui a mis le feu aux poudres : les négociations autour des annexes 8 et 10 de l’assurance-chômage. Lundi, l’accord du secteur n’a pas été validé par la CFDT et le Medef. « La confédération CFDT, nommément Véronique Descacq, qui est en charge des négociations, est particulièrement responsable, s’insurge Samuel Churin_. Elle a désavoué sa propre fédération ! »_

Le 28 avril, un accord historique avait en effet été signé à l’unanimité entre les fédérations CGT-spectacle, FO-spectacle, CFDT-spectacle (CFTC, CGC) et les employeurs du secteur. En échange d’un plafonnement des indemnités pour les intermittents les mieux lotis, l’accord validait le retour à une période de cotisation de 12 mois pour tout le monde avec date anniversaire fixe pour ouvrir ses droits, et faisait passer le cachet à douze heures obligatoires. Une victoire pour les artistes et les travailleurs du spectacle et de l’audiovisuel, notamment les plus précaires.

À lire >> Intermittents : « Poursuivre la mobilisation ! »

Las, la CFDT a jugé l’accord non conforme à la « lettre de cadrage » (définissant les contours financiers de l’assurance-chômage) établie par l’Unedic (c’est-à-dire le Medef et la CFDT)… elle-même largement contestée par les syndicats et le gouvernement. Quand l’Unedic estime qu’il faut réaliser 185 millions d’euros d’économie d’ici 2018, les autres les évaluent plutôt autour de 105 millions d’euros. « Le vrai problème, c’est que la CFDT veut que l’Etat verse de l’argent à l’Unedic, alors que nous ne voulons pas que notre régime dépende de l’Etat, mais qu’il reste basé sur la solidarité interprofessionnelle », décrypte Samuel Churin.

« ça va être la guerre ! »

Matignon doit désormais reprendre la main sur ce dossier bloqué. Le gouvernement semble décidé à lâcher du lest envers son électorat traditionnel. Mais donner de l’air aux intermittents pourrait relever d'un calcul cynique : modifier favorablement les annexes 8 et 10 lui permettrait ainsi d'affaiblir la mobilisation qui grandit autour des négociations sur le régime général. Mais si Manuel Valls s’est engagé le 30 mai à faire respecter l’accord du 28 avril (lire ici le communiqué), rien n’est joué : « C’est autour de la CFDT que ça va se cristalliser », analyse Samuel Churin. Valls va-t-il s’asseoir sur le blocage de l’accord par la CFDT alors qu’il a besoin d’elle pour la Loi Travail ? « Si Matignon ne tient pas parole, ça va être la guerre, car l’espoir levé par notre accord est très grand », poursuit le syndicaliste. Plus grande sera la chute, plus amère sera la colère.


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