Orlando : un drame sous-médiatisé en France ?

Au lendemain du massacre de 49 personnes dans une boîte de nuit gay à Orlando (Floride), plusieurs observateurs s’étonnent du traitement français de l’événement.

Pauline Graulle  • 13 juin 2016
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Orlando : un drame sous-médiatisé en France ?
© En l'honneur des victimes d'Orlando, des personnes se réunissent devant le célèbre bar gay et lesbien new-yorkais The Stonewall Inn.Photo : SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Omar Mateen était-il un « loup solitaire » ? Quelle était la nature de ses liens avec le groupe Etat Islamique (EI) ? La revendication (par deux fois) de l’attaque par l’EI est-elle opportuniste, ou l’attentat a-t-il été prémédité par l’organisation terroriste ? Sans réponse à ces questions, le landerneau politico-médiatique français a réagi avec prudence à ce massacre, qui a conduit à la mort de 49 personnes, majoritairement des hommes jeunes, dans une boîte de nuit homosexuelle d’Orlando, en Floride.

Prudence ou… pusillanimité ? Endormi hier soir devant les images anxiogènes de BFMTV, Daniel Schneidermann s’est réveillé ce matin au son d’une radio étonnamment franco-française : avec Myriam El Khomri sur France Inter, Philippe Martinez sur Europe 1, Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) sur RTL… « Après Orlando (« la plus grande tuerie sur le sol américain depuis le 11 Septembre », répètent-ils pourtant en boucle), pas un seul des intervieweurs matinaux de ces […] radios n’a cru bon de décommander l’invité politique programmé, s’est indigné, dans son édito quotidien, le fondateur d’Arrêt sur Images. _Certes, la tuerie d’Orlando (50 morts, 54 blessés dans une boite de nuit gay) fait les premiers titres des journaux radio. Mais on s’en tient là, aux premiers titres. Il faut faire aussi de la place à nos dingues à nous, les supporters britanniques et russes et, tout de même, aux résultats des matchs ». Difficile pour les Français, de voir au-delà de leur nombril ?

« Invisibilisation »

Seule France Culture a chamboulé ses programmes. La radio s’est d’ailleurs étonnée du traitement que la presse écrite avait réservé à l’attentat. « Il est assez surprenant quand on regarde le panorama des Unes de la presse française ce matin de constater à quel point il y a un grand absent […]. Pas un grand titre qui inclut cette information, qui n’est pourtant pas accessoire… cette discothèque, ce club… c’est un club gay, a remarqué Nicolas Martin. Le fait que ce soit la communauté homosexuelle qui ait été visée par cet attentat est donc a priori, une information accessoire, pas essentielle, pas de celle que l’on met dans les gros titres. Et on pourrait presque sourire, si ce drame n’était pas si tragique, au fait que le Figaro a choisi pour sa photo d’illustration une femme qui pleure dans les bras d’un homme. […] Cette pratique a un nom, elle est souvent d’ailleurs assez inconsciente… ça s’appelle l’invisibilisation. »

Invisibilisation ? Manie républicaine de considérer qu’une victime est une victime – qu’elle soit homo, hétéro, blanche, noire ou autre ? Alors que partout dans le monde (et en France) le drapeau multicolore gay s’apprête à flotter fièrement dans le ciel, le journaliste Romain Burel publiait hier soir sur Twitter cette édifiante revue de Tweets :

Un mal français : Aucun de ces politiques n’arrive à écrire les mots « gays », « homosexuels » ou « LGBT ». pic.twitter.com/IBW5laYw1y— Romain Burrel (@RomainBurrel) 12 juin 2016

Quand Pierre Laurent, patron du PCF, a tenté de faire la synthèse dans un communiqué (« Racisme, homophobie, sexisme : c’est la même haine qu’il nous faut désarmer. Partout où cette intolérance frappe, elle tue »), la sénatrice écolo, Esther Benbassa, en pointe sur les problématiques LGBT, a souligné dès les premières minutes les motivations homophobes de l’attentat :

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Quant à Jean-Luc Mélenchon, il publiait un article ce matin sur Facebook, commençant par ces mots : « J’ai d’abord attendu de savoir qui revendiquait les meurtres d’Orlando. J’étais préoccupé de l’attribution à Daech, après que le père de l’assassin a démenti l’initiative religieuse, tant j’ai d’angoisse que recommence une vague de haine des musulmans. Puis rentrant en moi, je m’aperçus du contre-sens que je faisais. Ce n’est pas l’assassin qui donne son sens au crime, ce sont les victimes. Ils ont été tués parce qu’ils étaient homosexuels. »

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