Résumé de la deuxième journée du rassemblement annuel pour Notre-Dame-des-Landes

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Le 26 juin, les habitants de Loire-Atlantique ont voté Oui à 55% au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les opposants, qui dénoncent un scrutin joué d'avance, n'ont pas dit leur dernier mot. Suivez en direct le déroulé des événements du rassemblement annuel qui a lieu du 9 au 10 juillet, sur le site de la ZAD.

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• 14h30 - 16h30 : Compte rendu « Face à l’état d’urgence permanent : désobéir »

La désobéissance civile en plein état d’urgence, ce « luxe ». Assigné dix-sept jours à résidence durant la Cop 21, Cédric n’a pas désobéi. Aujourd’hui, il s’interroge et pose la question du « comment ». « Comment peut-on désobéir ? », « Est-ce que je sors de chez moi ? », « Fais-je donc le choix d’aller en prison ? ».

Face à des pratiques de maintien de l’ordre de plus en plus contestées et un durcissement de la répression des mouvements sociaux, quelle désobéissance civile peut être envisagée ? C’est sur ce thème que sont venues débattre, des centaines de personnes ce dimanche, à l'occasion du rassemblement annuel qui avait pour fil rouge : « Semailles de démocratie ».

Propositions d’actions de désobéissances civiles, interrogations sur les évolutions juridiques ou partage d'expériences vécues, les participants ont également émis le souhait de voir une plus grande solidarité envers ceux qui passent « le cap » et décident, individuellement ou non, de désobéir.

Mais pour Laurence Buisson, du syndicat de la magistrature, il s’agit aussi d’alerter sur les conséquences de ces désobéissances, et de comprendre l’organisation de la répression « préventive » du gouvernement :

Lorsque l’on parle de la désobéissance civile, il faut être conscient que toute action s'inscrit dans un cadre de surveillance des mouvement sociaux. Il faut connaître cette réalité, ces dispositifs juridiques motivés par la protection des intérêts économiques de l’état, mais aussi la prévention des atteintes à la paix publique.

Compte rendu de la conférence Bure / NDDL : bataille d'experts

L'objectif commun de la plupart des collectifs est de mettre à jour les failles et les mensonges contenus dans les dossiers de ces « Grands projets inutiles et imposés ». En ligne de mire : les experts. « Tout le monde peut acquérir cette étiquette d'expert mais il faut garder une approche scientifique. Toute la difficulté est d'extraire l'information des dossiers techniques et communiquer dessus. Souvent, ce sont des mensonges par omission car il n'y a pas eu cette communication envers les citoyens », commente Bernard Thuillier, ingénieur agronome qui suit le projet d'enfouissement de déchets nucléaires à Bure.

Pour ce projet, le dossier comporte entre 3 000 et 4 000 pages. Mais dès la lecture des cinquante premières pages, il a constaté une distorsion entre la réalité et les écrits, ce qui l'a décidé à s'engager.

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La contre-expertise est donc nécessaire, à condition qu'elle soit menée par des spécialistes indépendants. Problème de taille à Bure, par exemple, puisque le nucléaire n'est plus qu'une question de lobbying. « C'est très difficile de trouver une expertise officielle, explique Bernard Thuillier. La seule personne sur laquelle on a pu se reposer, c'est un ancien technicien du CEA qui était sorti du système. »

L'autre versant de leur « mission », c'est de trouver des alternatives à ces projets controversés. Au fur et à mesure qu'ils étudiaient le dossier de Notre-Dame-des-Landes, Ivan Fouquet et Franco Fedele, de l'Atelier citoyen ont mis en évidence la possibilité d'une solution alternative.

On nous a dit qu'on était des architectes en culotte courte. Effectivement, nous n'avons pas fait d'aéroport mais cela ne nous empêche pas d'étudier des documents, affirment-ils. Surtout que l'alternative est possible. D'ailleurs, il y a désormais un rapport officiel, réalisé par les experts de Ségolène Royal qui confirme que Nantes-Atlantique peut être amélioré.

© Politis« Tous ces dossiers sont si techniques et compliqués, qu'on en avait un peu oublié la nature », lance François de Beaulieu, membre des Naturalistes en lutte. Il raconte comment un jour pluvieux, des experts, des non-experts, des débutants se sont réunis pour parcourir la zone humide de Notre-Dame-des-Landes, à la recherche d'espèces protégées. Un travail de terrain également réalisé par les experts « officiels » du bureau d'études, mais qui n'ont pas toujours conduit aux mêmes conclusions. « Une botaniste du bureau d'étude avait trouvé une espèce invasive. Nous avons voulu vérifier », glisse-t-il. Ils découvrent alors qu'elle a fait une erreur d'identification mais surtout qu'elle n'a pas mentionné l'existence d'une plante protégée à 150 mètres de son lieu de recherche.

LIRE >> Notre-Dame-des-Landes : La bataille des arguments

• 10h30 - 12h30 :

Intervention de Denis Sieffert, directeur de la publication de Politis, invité en tant que grand témoin sur le sujet : « Notre-Dame-des-Landes, laboratoire de démocratie ? »

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Compte rendu du Temps fort collectif intitulé « Notre-Dame-des-Landes, laboratoire de démocratie ? »

Notre-Dame-des-Landes, laboratoire de démocratie ? Lors du Temps fort collectif de cette deuxième journée, ce sont toutes les associations et collectifs militant contre le projet d'aéroport depuis des années qui ont tenté de répondre à cette question. Leur mode de fonctionnement donne un aperçu des avancées des pratiques démocratiques à Notre-Dame-des-Landes.

L'occasion également de revenir sur l'historique de chaque entité de la lutte. L'un des points incontournable reste l'horizontalité. Même chez le collectif COPAIN qui a une organisation classique de syndicat. « On fonctionne surtout en assemblées générales régulières, précise Bruno Gris, de COPAIN 44. Et c'est vraiment qu'on a beaucoup appris en côtoyant les habitants de la ZAD et leur horizontalité. »

Ce lien avec la ZAD se retrouve également chez la Coordination des opposants, qui regroupe aujourd'hui 58 associations et collectifs. « On participe aux assemblées générales sur la ZAD. Ce n'est pas toujours facile de prendre la parole mais on finit par y arriver », raconte Jean-Pierre Minier. « On a appris au fil des années à préparer le consensus et c'est vraiment ce qui nous relie tous ensemble, lance Dominique Fresneau, de l'ACIPA. C'est aussi le fait de faire attention aux autres qui nous unit. »

Pas d'accord avec la démocratie !

Les pieds dans le plat : « On n'est pas d'accord avec la démocratie ! » Daniel et Tiffany s'expriment « depuis la ZAD » — et pas en son nom, « on n'a pas eu le temps nécessaire pour obtenir un tel mandat ». C'est qu'on ne rigole pas avec les prises de pouvoir, sur la ZAD. Les deux habitants étaient les seuls volontaires pour s'exprimer lors du débat « Notre-Dame-des-Landes, laboratoire de la démocratie ».

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S'ensuit un argumentaire fin, à deux voix. « D'abord parce que la démocratie, c'est la dictature de la majorité — les dominants —, sur la minorité. » Exemple concret avec la consultation du 26 juin sur le transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes. « Cela veut dire, selon le gouvernement, que la pensée critique de 45 % de ceux qui ont voté “non” devrait se plier au choix des 55 % de “oui”. »

Le principe de « représentativité », ensuite : « On élit, puis on n'a qu'à se taire ! Quand on donne sa voix, on perd la parole ! ».

La démocratie participative ne trouve pas plus grâce aux yeux des orateurs, qui réfutent « tout gouvernement, et même un “auto-gouvernement” ».

Sur la ZAD, pas de gouvernance ni de « grandes décisions » qui s'imposeraient à l'ensemble des habitants. Toute initiative, exposée au sein d'instances d'échanges et de débats ,« reste possible à tout moment, quels qu'en soient les risques », .

Quelques grands principes structurent cependant la vie en collectivité, soulignent Tiffany et Daniel : refus des armes, des violences, du sexisme, du racisme, du patriarcat.

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« Ce qui peut fâcher, ici, c'est la conception de l'action directe. Oui, nous assumons de bloquer des routes, de saboter “un peu” du matériel de Vinci, d'occuper illégalement la ZAD. Oui, c'est fondamentalement “anti-démocratique”. »

Point clef de leur vision de la « société-ZAD » : le conflit est vu comme un ingrédient essentiel de la vie collective, « là où les démocrates aspirent à une cité policée. Car il n'y a pas de liberté sans débats, et pas de débats sans enjeux. À défaut, on s'expose à la pensée unique ou au contrôle total. »

La ZAD, c'est rarement relevé, montre régulièrement sa capacité d'intégration sociale (personnes alcooliques, en perte de repères, etc.), parvenant à résoudre les conflits et les tensions. « Parce que nous nous organisons à l'échelle humaine. Voilà pourquoi nous ne croyons pas possible d'étendre cette expérience à la dimension d'une ville, par exemple. Nous n'aspirons donc pas à une “communauté mondiale unifiée”, mais plutôt à une multiplicité de communautés, partout, en lien et en tension les unes avec les autres. »

• 11h13 : Ouverture de la deuxième journée du rassemblement pour Notre-Dame-des-Landes. La motivation n'a pas baissé pendant la nuit...

Remise en contexte

Le résultat de la consultation n’aura pas réussi à entacher la détermination des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Organisé ce samedi 9 et dimanche 10 juillet par la Coordination des Opposants - constituée d’associations, de collectifs, de syndicats de et mouvements politiques -, le rassemblement annuel aura bien lieu. Le thème, cette année : la démocratie.

Luttes politiques, sociales et écologiques, désobéissance civile, pouvoirs citoyens, ou réfléchir aux « arnaques » démocratiques, le rassemblement 2016 promet de se faire le lieu de la convergence des luttes, puisque « jamais la démocratie n’a été une exigence plus impérieuse qu’en cette période ». C'est à leurs côtés que nous sommes ce week-end pour vous permettre de suivre les débats, forums et concerts de l'événement, dont voici le programme.

LIRE >> Notre résumé de la première journée de mobilisation

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