Exploités sur un chantier, des sans-papiers se mettent en grève

Après un grave accident de travail, vingt-cinq salariés sans-papiers maliens se sont mis en grève dans l’un des quartiers les plus cossus de la capitale. Tous réclament des contrats de travail et leur régularisation.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 8 septembre 2016
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Exploités sur un chantier, des sans-papiers se mettent en grève
© Photo : CITIZENSIDE / JALLAL SEDDIKI / AFP

« Mardi, un collègue est tombé de l’échafaudage et il s’est cassé le bras », raconte Sadio Dabo, un employé sans-papiers de la société MTBAT Immeubles. Une fracture ouverte « impressionnante ». Immédiatement, les salariés ont contacté leur patron qui souhaite l’amener lui-même chez le médecin. « Mais si quelqu’un est blessé, il faut appeler les pompiers ! », s’insurge le gréviste.

Samedi 3 septembre, dans l’indifférence de sa hiérarchie, un autre travailleur avait déjà été blessé à l’œil par un débris de chantier. Cette fois, c’est la blessure de trop et les employés préfèrent appeler les secours eux-mêmes. L’inspection du travail et la police ne tardent pas à arriver sur place, et constatent que les salariés ne sont pas déclarés et n’ont pas de papiers. Certains « ont quelques fiches de paie qui se battent en duel », précise Marylin Poulain, en charge des questions migratoires à la CGT Paris. Mais la plupart n’ont pas d’autorisation de travail. Par conséquent, ils sont très vulnérables ».

L’après-midi, la tension monte. L’entreprise demande aux vingt-cinq salariés de rentrer chez eux, et de ne pas revenir. « Ils sont alors venus nous voir à la CGT, raconte Marylin Poulain, et nous avons décidé de les accompagner sur le chantier le lendemain matin » du très chic VIIème arrondissement. À 7h30, les salariés trouvent portes closes et décident alors de se mettre en grève. Depuis, les travailleurs sans-papiers campent devant l’entrée du chantier.

Mais nous avons un problème de fond. La circulaire de régularisation du 28 novembre 2012 ne prend pas en compte tous les salariés non déclarés ou mal déclarés, contraints au travail dissimulé. On leur demande des feuilles de paie, mais rares sont ceux qui en possèdent. Et là, c’est un point sur lequel il faut que l’on avance, que les ministres du Travail et de l’Intérieur se mettent à table pour qu’il y ait des avancées et que les salariés sans-papiers sortent de l’ombre.

Des contrats de travail et leur régularisation

Leur première revendication : que l’accident du travail de leur collègue soit déclaré. Mais le coup de colère ne s’arrête pas là. « Ils demandent aussi à être déclarés, à avoir des contrats de travail, obtenir l’ensemble de leurs fiches de paie et la régularisation de leur situation administrative », explique la syndicaliste. Et d’après elle, c’est à l’employeur de mettre en place les démarches nécessaires pour que les salariés déposent leurs dossiers à la préfecture et puisse reprendre le travail :

« Ça fait deux ou trois que nous travaillons avec cette entreprise, assure Sadio Dabo. Aujourd’hui, nous demandons nos papiers pour travailler comme tous les Français. » Si la grève ne s’arrêtera « que lorsque les salariés auront obtenu satisfaction », un dialogue serait instauré avec l’entreprise, d’après Marylin Poulain. « Il y a beaucoup d’intérêt financiers derrière ce projet », explique la syndicaliste, pour qui certaines choses sont en train d’être étudiées :

Les salariés ont également reçu le soutien de certains habitants du quartier qui « sont venus leur apporter des croissants et du café ce matin », raconte Marylin Poulain. Curieux, ceux-ci ont écouté leurs revendications, « choqués que cela se passe dans un quartier entouré de ministères », sourit la syndicaliste qui ne cesse de répéter l’importance de rendre visible la lutte des travailleurs exploités en raison d’une absence de régularisation.

Le projet Breteuil/Ségur est important et devrait permettre la construction de logements sociaux, d’appartements et de bureaux. L’entreprise souhaite terminer ce chantier et il n’est pas dans son intérêt que les sans-papiers soient visibles.

Société
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