1971 : The United States of Attica
À Cherbourg, une exposition remarquable retrace le contexte et le déroulement de la mutinerie de la prison d’Attica, près de New York, en 1971. Œuvres d’art et documents d’époque, parfois inédits, donnent à voir l’onde de choc d’une révolte majeure dans les États-Unis de la lutte contre la guerre du Vietnam et pour l’émancipation des Noirs.

Complexe carcéral d’Attica, État de New York, 9 septembre 1971, 8H50. Il y a exactement 45 ans, 1 300 détenus se mutinent au retour du petit-déjeuner et prennent le contrôle de l’immense cour D de la prison, plaçant au centre les 43 gardiens et personnels civils qu’ils retiennent en otage. Ils rédigent alors une « Déclaration au peuple américain », où ils dénoncent les effroyables conditions de détention, les humiliations et violences subies quotidiennement.
Après de premières négociations, ils obtiennent l’intervention d’un groupe d’observateurs extérieurs, constitué notamment de journalistes, de l’avocat activiste William Kunstler et de membres d’organisations militantes, dont Bobby Seale, l’un des leaders des Black Panthers. C’est que la grande majorité des détenus sont noirs et que le combat des Panthers contre les violences policières racistes et l’incarcération de masse des Noirs résonne directement avec la teneur de cette révolte.
Surtout, cameramen et photographes sont autorisés à entrer dans la prison occupée et enregistrent les témoignages et les revendications des détenus : meilleures conditions de détention, droit à l’information, à l’éducation, à l’accès aux soins médicaux, à la liberté religieuse ou à l’expression politique. Le photographe Bob Schultz pour l’Associated Press réalise ainsi plusieurs reportages sur la révolte, qui seront largement diffusés à travers le monde et, pour certains, publiés dans les grands newsmagazines étasuniens.
De ce point de vue, la mutinerie d’Attica est un cas unique : à la différence de la plupart des révoltes dans des prisons, généralement invisibles, les quatre jours pendant lesquels les mutins contrôlent le pénitencier sont largement documentés, entre photographies, enregistrements sonores et filmés.
Au matin du 13 septembre, alors que tous les Américains ont les yeux fixés sur Attica, les forces de sécurité, lourdement armées,
