Turquie : Le dernier coup d’État d’Erdoğan

Onze députés, dont les deux dirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP), ont été placés en garde à vue ce vendredi. Quelques heures plus tard, un attentat, attribué à la rébellion kurde du PKK a coûté la vie à huit personnes.

Politis.fr  et  AFP  • 4 novembre 2016
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Turquie : Le dernier coup d’État d’Erdoğan
© Photo : ADEM ALTAN / AFP

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les autorités turques ont de nouveau ébranlé les fondements de la démocratie en Turquie. Dans le cadre d’une enquête « antiterroriste » liée au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, les coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP) – principal parti prokurde de Turquie -, ont été arrêtés.

À leurs côtés, une dizaine de députés ont également été placés en garde à vue. Sur une liste, diffusée par le HDP et le ministère de l’Intérieur, figure notamment des personnalités respectées, dont Idris Baluken, président du groupe parlementaire HDP, et Sirri Süreyya Önder, militante de la cause kurde. L’un des élus interpellés, Ziya Pir, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, ont rapporté les médias turcs. Ces arrestations ne sont pas sans rappeler celles des deux co-maires de Diyarbakir, survenues le week-end dernier. Les deux élus avaient été placés en détention tandis qu’une douzaine de médias prokurdes avaient été fermés par décret.

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Les co-présidents du HDP ont été présentés vendredi matin devant les magistrats qui devaient décider de leur éventuel placement en détention. Mais quelques heures plus tard, une voiture piégée a explosé devant un bâtiment de la police à Diyarbakir, tuant huit personnes. Une centaine d’autres ont également été blessées.

Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a immédiatement attribué l’attentat à la rébellion kurde du PKK, ajoutant que le Parti des travailleurs du Kurdistan, « a de nouveau montré son visage perfide […]. Ils ont fait exploser un véhicule rempli d’explosifs. »

Appelant à manifester devant le Parlement européen à Bruxelles ce vendredi, le Conseil démocratique kurde en France (CDKF) a invité la communauté internationale à « dénoncer et à stopper les attaques menées contre notre volonté » :

Nous appelons la communauté internationale, en particulier l’Union européenne et les Nations unies, à réagir face à Erdogan et à son fascisme mis en œuvre au vu et su du monde entier, sans aucun égard pour les normes internationales. Nous appelons à ce que des mesures d’embargo soient prises […], des mesures de contraintes politiques, économiques, diplomatiques et militaires.

Pour le HDP, ces arrestations signent « la fin de la démocratie ». Sur twitter, le parti a d’ailleurs demandé à la communauté internationale de réagir contre ce « coup du régime », mené en toute impunité par le président Recep Tayyip Erdoğan.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’est dite « extrêmement inquiète » par ces interpellations et a indiqué qu’elle allait convoquer une réunion des ambassadeurs de l’UE à Ankara. Des inquiétudes régulièrement prononcées par la diplomate à chaque nouvelle arrestation ou démonstration de force du pouvoir…

Permis grâce à la levée de leur immunité parlementaire, les placements en garde à vue de M. Demirtas et Mme Yüksekdag, qui font l’objet de plusieurs enquêtes pour des liens présumés avec les rebelles kurdes, ont été décidés après que ceux-ci ont refusé de répondre à des convocations judiciaires.

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Le 20 mai dernier, le Parlement turc a en effet approuvé une réforme constitutionnelle permettant de lever l’immunité des députés visés par des procédures judiciaires. Sur les 550 membres de la Grande assemblée nationale de Turquie, 376 avaient voté en faveur de la mesure initiée par l’AKP, le parti au pouvoir. Servant la cause de l’autoritarisme, cette décision avait provoqué de grandes inquiétudes chez les élus, notamment au sein de ce parti prokurde dont certains membres étaient d’ores et déjà accusés de soutenir les rebelles du PKK. Accusations dont ils se sont toujours défendus.

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Mais depuis la fin du cessez-le-feu entre le PKK et le gouvernement, à l’été 2015, le président Erdogan n’en démord pas et considère que le HDP est étroitement lié au parti rebelle. Il a d’ailleurs fait savoir qu’il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime, qualifiant régulièrement ses membres de « terroristes ».

Sous l’impulsion de M. Demirtas, le HDP a pourtant élargi sa base électorale au-delà de la seule communauté kurde de Turquie (15 millions de personnes) et s’est transformé en un parti moderne, à la fibre sociale, ouvert aux femmes et à toutes les minorités.

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