La météo, cette emmerderesse qui nous pollue l'air

Alors que la circulation alternée est reconduite vendredi à Paris et instaurée à Lyon et Villeurbanne le même jour, certains commentateurs tentent d'expliquer ce pic de pollution en usant d'arguments pour le moins fallacieux.

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L'air des grandes villes françaises connaît actuellement un pic de pollution exceptionnel, le plus important depuis une bonne décennie, nous apprennent les relevés atmosphériques, et il est susceptible de durer encore quelques jours.

À qui la faute ? Comme ce fut le cas au printemps 2015, une hypothèse insidieuse résonne en bruit de fond, sur les réseaux sociaux notamment : les voitures auraient bon dos, ce sont les panaches centrales à charbon allemandes qui balayeraient le pays.

Ça sent à plein nez la polémique franco-française : là-bas, ils ont commis l'offense impardonnable de sortir du nucléaire, voyez, ils forcent sur le charbon pour compenser.

Il est exact qu'une part de cette pollution atmosphérique voyage par-dessus les frontières, mais elle est généralement marginale dans la signature des composants analysés dans l'air : en France, les vents proviennent rarement du Nord-Est.

Actuellement, aucun doute (et c'est mesuré), ce sont bien nos voitures (et à moteurs diesel majoritairement), nos chaudières et nos foyers à bois qui émettent le gros des particules qui nous font tousser, s'insinuent dans nos alvéoles pulmonaires, préparent des asthmes et peut-être des cancers. Et pas seulement lors des pics : nous en respirons à l'année longue.

Et que lit-on, dans le communiqué émis hier par le peu poétique site Prév'Air de l'Ineris, institut chargé de l'étude des risques industriels ? : « Les conditions météorologiques expliquent en grande partie cette évolution, avec des températures basses, une situation anticyclonique stable et des vents faibles sur l’Est du pays. Cette situation est propice à l’augmentation des émissions locales induites par le chauffage et limite les processus de dispersion atmosphérique des polluants émis par les sources urbaines (chauffage, trafic routier) et industrielles. »

Ainsi donc, quand les particules viennent de l'Est, c'est la faute aux Allemands, pas aux vents. Mais quand la pollution est une affaire franco-française, c'est la météo qui ne fait pas son boulot : bonne fille quand les flux d'Ouest (majoritaires) nettoient les saloperies - on devrait donc s'en féliciter tous les autres jours de l'année, par communiqué -, c'est une vrai emmerderesse quand elle se prélasse en longs anticyclones qui coincent nos déchets atmosphériques sous notre nez.

Dans la bouche d'Antoine Krempf, de France info, ça devient : « Les analystes de Prev'air ou encore d'Airparif sont formels : le problème vient surtout des conditions météo. » On aurait aimé que le journaliste, qui dans sa chronique « Le vrai du faux » s'occupait ce matin à tordre le coup à la rumeur d'une invasion allemande de particules, rétablisse la vraie vérité qui nous interpelle : les responsables de la pollution, c'est nous, et ça ne disparaît pas parce qu'on fait bien trop peu pour tarir la source du « problème ». Il n'y a pas si longtemps, on se réjouissait des anti-cyclones hivernaux pourvoyeurs de journées ensoleillées.


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