Dossier : Syrie : Six ans pour détruire un pays

Syrie : Mensonges et confusions, des armes meurtrières

Depuis mars 2011, la répression a fait quelque 400 000 morts, tandis que la propagande de Damas a neutralisé toute possibilité de réponse internationale.

De quel jour dater précisément le début de la révolution syrienne ? On retiendra un peu arbitrairement la date de ce 21 mars 2011, quand les émeutes ont pris de l’ampleur dans la ville de Deraa, à l’extrême sud du pays, sur la frontière avec la Jordanie. Voilà donc six ans que cette révolution, qui a tourné à la guerre civile, ravage la Syrie. Six ans et probablement plus de quatre cent mille morts, en grande majorité victimes du régime. Six ans et beaucoup de confusions, parce que Damas et Moscou n’ont cessé de mener une autre guerre, celle de l’information, avec, il faut bien le reconnaître, un certain succès. D’emblée, le régime a qualifié de « terroristes » les manifestants. Il s’agissait de nier l’aspiration démocratique d’un peuple soumis à une dictature épouvantable depuis quarante-sept ans, quand le clan Assad s’est emparé du pouvoir. C’était pourtant, pour reprendre l’expression du grand intellectuel syrien Yassin al-Haj Saleh [1], « la révolution des gens ordinaires ». L’onde de choc des autres révolutions arabes, qui venaient de remporter de fragiles victoires à Tunis et au Caire. Comme toujours, il a fallu un événement déclenchant. Ce furent les tortures infligées à des gamins qui avaient inscrit des slogans hostiles au régime sur les murs de Deraa. L’indignation a rapidement gagné toutes les grandes villes et s’est muée en mouvement démocratique. Aux premiers coups de feu contre la foule a succédé, à partir du 2 avril, une répression de masse. C’était le début de ce que l’on a appelé « la semaine des martyrs ». Après un moment de stupeur, le pouvoir syrien s’organise. Il construit une stratégie. Une amnistie est décidée. Les prisons s’ouvrent. Non pas pour libérer les opposants, mais les délinquants et les islamistes. En renfort de l’armée régulière, incitée à mater le soulèvement, le régime jette dans la rue les redoutables chabbihas. Des milices de nervis impliqués dans tous les trafics et capables des pires atrocités, qui vont, à partir du mois de septembre, semer la terreur. Les manifestations changent de nature. L’opposition se structure et, bientôt, prend les armes. Des soldats refusent alors de tirer sur des civils. Beaucoup désertent et prennent part, le 31 juillet 2011, à la création de l’Armée syrienne libre (ASL). La militarisation du conflit est en marche, mais asymétrique, tant par la nature des armes que par leur nombre. Malgré ce déséquilibre, l’ASL remporte plusieurs succès, parce qu’elle est soutenue par l’immense majorité de la population. Au cours de l’été 2012, l’ASL s’empare des quartiers populaires d’Alep, la grande ville du nord du pays. Chaque ville ou village conquis s’organise en conseils civils qui se substituent à l’administration officielle liée au régime. Ces conseils continueront d’être actifs jusque dans les derniers mois [2].

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