Entreprise : Les confidences d’un « liquidateur »

Depuis quinze ans, Didier Bille conduit des plans sociaux pour des multinationales. Il raconte sans détours leurs méthodes abusives pour licencier.

Le rendez-vous a lieu au rez-de-chaussée du Shangri, un palace parisien qui trône derrière une rangée de voitures de luxe. Didier Bille est en avance. Il se tient sur l’avant de son siège molletonné. Arc-bouté au-dessus d’un café au lait, les deux pieds solidement ancrés dans la moquette, sans chaussettes dans des chaussures de sport. « Je ne suis pas un superhéros », prévenait-il au téléphone quelques jours plus tôt. « Et je n’essaye pas de passer pour un brave gars », précise le quinquagénaire aux cheveux ras et à la barbe de trois jours, dont la chemisette laisse apparaître la silhouette d’un dragon tatouée sur l’avant-bras. Il livre pourtant un témoignage direct et méticuleux. Comme s’il se sentait investi d’une mission. Didier Bille est un haut dirigeant bardé de diplômes et d’expériences. De nationalité belge, polyglotte, il a dirigé les services des ressources humaines (DRH) d’une dizaine de grandes multinationales, surtout anglo-saxonnes. Et le seul costume qui lui sied est celui du « pacificateur » – ou du « liquidateur », c’est selon. En clair, il débarque pour mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), « clean et inattaquable », dans les entreprises qui veulent dégraisser massivement. Il s’appuie pour cela sur son expertise juridique et une franchise rare – utiles aux patrons en période de crise et appréciées des salariés. « J’ai été surpris par son côté humain et le contenu de son discours », témoigne Éric Graudet, délégué syndical CGT à NXP semiconductors, qui a eu brièvement affaire à lui en début d’année. « Il tente de faire en sorte que les choses ignobles soient moins ignobles, que l’humain ne soit pas trop malmené », décrypte Jean-Jacques Leclerq, délégué syndical CFE-CGC dans un grand groupe pharmaceutique, qui entretient avec Didier Bille un rapport de « profond respect ».

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