La fonte du pergisol arctique libère du mercure

Un rapport souligne le risque d'un empoisonnement progressif de la planète.

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Les scientifiques américains, canadiens et russes (avec plus de réticences) ont déjà alerté les décideurs de la planète que la fonte de plus en plus rapide du pergisol, la couche de sol gelée depuis des millénaires, relâchait plusieurs gaz à effet de serre, dont du méthane, contribuant à son tour au réchauffement de l’atmosphère. Cette fonte remet aussi en cause la stabilité des immeubles et des maisons dont les fondations sont appuyées depuis longtemps sur le sol gelé, au point de faire pencher ou écrouler des constructions ou, comme à Irkoutsk en Sibérie, de provoquer l’enfoncement des isbas dont les fenêtres de rez-de-chaussée se retrouvent souvent désormais au niveau du bitume. Mais les spécialistes constatent désormais que la fonte en cours entraîne la dispersion dans les écosystèmes des produits toxiques emprisonnés depuis le début de l’ère industrielle.

Une étude publiée il y a quelques jours par la Geophysical Research Letters met l’accent sur un autre risque actuel : le relâchement progressif dans notre environnement, qu’il s’agisse des sols, des mers et de l’atmosphère des millions de litres de mercure actuellement emprisonnés dans les sols gelés.

120 millions de litres actuellement captifs

D’après les estimations des chercheurs répartis dans une quinzaine d’universités américaines, 120 millions de litres de mercure sont actuellement captifs du pergisol. Cette réserve commence à se libérer et une partie, expliquent Kevin Schaefer et Paul Schuster, les deux scientifiques qui ont coordonné et rédigé l’étude à partir des mesures faites sur le comportement des sols gelés de l’Alaska, va peu à peu empoisonner la planète. Ils ajoutent que la situation est la même dans de vastes territoires du Canada, de la Russie et de nombreux espaces de territoires des pays nordiques.

L’une des explications fournies par les scientifiques est la suivante : alors que, dans les espaces tempérés, le mercure habituellement absorbée par les plantes subit une décomposition au moins partielle, dans les zones arctiques, les racines sont gelées et le mercure imprégnant les végétaux se retrouve piégé dans les sols. Avant de retourner à l’atmosphère et aux cours d’eau à la moindre de fonte ou moindre dégel.

Car le problème, expliquent les auteurs de l’étude, c’est que nous ne savons pas où le mercure va se répandre. Soit il va se diffuser dans les océans à partir des rivières, soit il va se diffuser dans l’air, transporté par les pluies. Mais le risque immédiat c’est qu’il contamine de plus en plus les poissons, ce qui représentera un danger pour ceux qui les consomment, entraînant des empoisonnements d'abord pour les populations arctiques indigènes, puis pour tous les habitants de la planète qui en mangent régulièrement.


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