La Méditerranée au bord du burn-out

Dans le documentaire La Méditerranée va-t-elle passer l’été ?, diffusé ce soir sur Arte, Alexis Marant dresse le tableau d’une mer pillée et ravagée.

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Le problème de la Méditerranée ? Tout le monde veut sa part. D’une richesse exceptionnelle, « elle attire des activités économiques de plus en plus nombreuses, relève Pascal Canfin, aujourd’hui directeur général de WWF France, mais personne n’en prend soin ». Non sans conséquences dramatiques. Bétonnage, tourisme de masse, pollution, déchets enfouis, installations industrielles, pression démographique accrue… La mer est sous tension. Et tous les indicateurs sont au rouge.

Le documentariste, Alexis Marant (Planète à vendre ; Le Voyage de Lomama) en pointe quelques-uns : en peu d’années, par exemple, la sardine, emblématique de la Méditerranée, a perdu 30 % de sa taille et de son poids, parce que le plancton s’appauvrit, victime de la pollution et du réchauffement climatique.

Autre exemple : chaque année, 300 millions de personnes se disputent un coin de sable en Méditerranée, faisant pression sur l’écosystème (en 2030, selon les études, 200 millions de touristes supplémentaires s’y presseront). Le tourisme de croisière, en plein développement, n’arrange rien, avec ses paquebots gigantesques, accueillant parfois jusqu’à 7 000 personnes, source de pollution atmosphérique et d’engorgement des déchets. À Palma de Majorque, il n’est pas rare de voir passer cinq bateaux par jour le long des quais, déversant leur foule. De Venise à Barcelone, la population s’insurge contre ces « grandi navi », la résistance s’organise. Mais rien n’y fait. Et ce « produit touristique » en vogue n’a pas encore atteint son potentiel démesuré. Tout comme le bétonnage n’en finit plus d’avancer.

En Espagne, le bétonnage du littoral a commencé dans les années 1960, sous Franco. Vingt ans plus tard, il s’est développé en Croatie, en Grèce, en Turquie, en Tunisie… Il se poursuit aujourd’hui au Monténégro, longtemps préservé, entre passe-droits locaux illégaux et investisseurs étrangers. À côté de ce tableau bétonné, un tiers du commerce international maritime passe par la Méditerranée (jusqu’à 130 000 cargos chaque année). On a créé des autoroutes avec plusieurs voies pour le transport de containers venus d’Asie. Une menace supplémentaire pour les espèces marines, bouleversées par le bruit, les ondes, alors qu’il n’existe aucune régulation… Dans tous les cas, « jusqu’à présent, observe Corinne Lepage, je n’ai jamais vu un cas où l’intérêt écologique l’avait emporté sur l’intérêt économique ».

D’un chapitre à l’autre, d’un port à l’autre, passant de Majorque au Liban, de la Tunisie à la côte catalane, Alexis Marant dresse ainsi un tableau bien sombre de la Méditerranée (malgré quelques séquences optimistes). Tandis que promoteurs, agents touristiques, édiles et mafieux s’enrichissent en exploitant ses ressources, en s’emparant du littoral au détriment de la mer et des populations côtières. Édifiant.

La Méditerranée va-t-elle passer l’été ?, ce soir à 20h50, sur Arte (1h30) ; et sur Arte+7 jusqu’au 15 juin.


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