Une attaque fasciste sur Tolbiac tourne court

Une vingtaine d’individus casqués, armés de barres de fer et de projectiles, se sont attaqués, vendredi soir vers 23h, aux étudiants mobilisés de « la commune libre de Tolbiac ». L’attaque a été de courte durée et n’a fait aucun blessé. Six des assaillants ont été interpellés.

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Hier, vendredi 6 avril, aux alentours de 23h, une vingtaine d’individus, armés de barres de fer et portant des casques, sont venus en découdre avec les étudiants mobilisés sur le site de Tolbiac. Les grilles de l’université étant fermées, ils ont lancé des fumigènes rouges et divers projectiles, dont des bouteilles en verre. Les étudiants présents ont répliqué avec intensité. Samedi en fin de matinée, la cour, bien que nettoyée, était encore jonchée de débris de verre. L’attaque a été rapide (entre 10 et 15 minutes), mais a marqué les esprits.

« On est habitués à la rumeur que les fachos débarquent, mais là, sur le visage et dans le regard des gens, on a vu de l’effroi. 200 personnes se sont retranchées dans les amphis, 50 à 80 personnes sont restées dehors pour les empêcher d’escalader et les repousser », raconte Jeff, 24 ans, étudiant en 3e année d’histoire. Arnaud, 18 ans, étudiant en droit, ajoute :

Ils portaient une grande banderole « fac libre ». Leur objectif était clairement de nous déloger. Des membres de l’université ouverte sont sortis pour les poursuivre, ils sont repartis vers le métro. La police est arrivée pendant qu’ils étaient encore là, ils n’ont rien fait au départ à part regarder. La seule fois où ils ont sortis les gazeuses c’est quand les étudiants de Tolbiac sont sortis pour repousser les fascistes. L’un d’entre eux a été interpellé à ce moment là, il était seul, entouré par nous.

Selon plusieurs témoignages, l’attaque porte la marque de l’extrême droite. Deux agresseurs auraient été reconnus par les étudiants, ainsi que le journaliste indépendant Jimmy Leopold, ancien candidat du Front National aux élections régionales de 2010 dans le Calvados.

Le président de l’université, Georges Haddad, s’est rendu le soir même auprès des étudiants afin de s’assurer qu’aucun d’entre eux n’était blessé. Il a condamné ces attaques tout en assurant qu’il n’y aurait pas d’évacuation policière du site, selon les étudiants. Sabine Monnier, sa directrice de cabinet, s’est rendue sur place samedi, elle n’a pas manqué de faire par de « son inquiétude quant à la sécurité du site ».

Six des agresseurs ont été interpellés et placés en garde à vue. Ils y étaient encore en fin de matinée. Agés de 20 à 31 ans, ils sont soupçonnés de « participation à un groupement préparant des violences ou dégradations » et de « violences volontaires avec arme par destination », selon une source proche du dossier, citée par l’AFP.

« Un lieu de convergence des luttes »

Suite à ces évènements, la « commune libre de Tolbiac » a organisé, dans l’après-midi, une conférence de presse. Après une mise en route quelque peu laborieuse, l’exercice étant nouveau pour ces jeunes militants, étudiants et étudiantes se sont relayés à la tribune, dans un parfait respect de la parité. Ils ont tout d’abord rappelé les raisons de l’occupation du site, depuis maintenant 13 jours :

Nous nous battons pour une université ouverte à tous et à toutes, libre et gratuite. Pour cela nous réclamons des moyens à la hauteur des besoins. Mais notre combat va bien au delà. Nous voulons faire du centre occupé un lieu de convergences des luttes.

Ils ont ensuite mentionné le « discrédit » que jetterait la présidence sur le mouvement d’occupation, le « comparant à un squat », et ont rappelé que de nombreuses conférences et débats y étaient chaque jour organisés, et que les assemblées générales étaient ouvertes à tous, mêmes aux opposants au blocus. Au sujet de l’attaque de la veille, ils ont affirmé qu’elle n’émanait pas « d’anti-bloqueurs », mais de « nervis d’extrême droite » et ont assuré qu’ils ne céderaient « à aucune forme d’intimidation. »

Pour préserver leur anonymat, leur « auto-média » ayant filmé l’intégralité de l’intervention, ils portaient un masque. Plusieurs d’entre eux affirment avoir été victimes de menaces de mort ou de viol sur les réseaux sociaux.

L’intégralité de leur prise de parole devait être mise en ligne dans la soirée sur le compte twitter @TolbiacLibre.

Après Montpellier, Strasbourg, Nantes, Lille, le lycée autogéré de Paris… les attaques de groupes fascistes ont une fâcheuse tendance à se multiplier sur les universités et sites en lutte.


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