Universités : « C’est tous ensemble qu’il faut lutter »

La formule, symbole de la convergence des luttes, promet de résonner dans les rues de France en cette semaine de mobilisation sociale. Elle était aussi dans les discours prononcés lors de « fête de la grève » organisée sur le campus de Nanterre le 27 avril.

Alexandra Scappaticci  • 30 avril 2018
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Universités : « C’est tous ensemble qu’il faut lutter »
Cortège étudiant et salariés lors de la manifestation "convergence des luttes" du 19 avril à Paris.
© Crédit : Alexandra Scappaticci

Le mois de mai débute par une semaine de mobilisation sociale chargée, sous le signe de la convergence des luttes, à laquelle les étudiants, toujours mobilisés contre la réforme de l’enseignement supérieur, ont bien l’intention de participer. Entre le traditionnel défilé du 1er Mai, la journée de grève et manifestation dans l’éducation le 3 mai, et la « fête à Macron » le 5 mai, le calendrier est bien rempli. Les assemblées générales fleurissent également et de nombreuses actions pour tenter de faire entrer les lycéens dans la contestation sont aussi prévues. Les récentes évacuations de centres universitaires occupés, dont celle du campus parisien de Censier vers 4 heures ce matin, risquent de renforcer plus encore la motivation des jeunes.

À Nanterre, comme dans toute la France, les étudiants tissent depuis de nombreuses semaines des liens avec les autres secteurs en lutte : cheminots, postiers, personnel hospitalier, salariés de l’énergie… Tous espèrent une « coagulation » des différents mouvements. « Ce n’est pas un hasard s’il y a plusieurs secteurs en lutte au même moment. Il y a une politique sociale qui est mise en place par le gouvernement, et un ras-le-bol général vis-à-vis d’elle », affirme Yannis, en troisième année de droit, qui ajoute : « Il nous faut un rapport de force et la convergence des luttes peut nous le donner. La rue est le moyen d’expression de cette convergence. »

La participation des autres secteurs mobilisés contre la politique du gouvernement aux assemblées générales des étudiants, et inversement, a été une première étape : « On était en AG, on a entendu du bruit dans le couloir, et là une soixantaine de salariés de la Poste sont arrivés pour nous soutenir, en chantant des slogans. Ils nous ont vendu du rêve ce jour-là, c’était beau », se souvient Melvin, étudiant en Staps (1). Ces assemblées communes ont permis aux uns et aux autres de se connaître, d’échanger sur les différentes luttes, pour ensuite mieux se coordonner.

Pour Isciane, étudiante en philosophie : « Petit à petit, on concrétise vraiment le lien avec les autres secteurs. L’idée c’est de faire des actions communes, il y a une réciprocité du soutien, au-delà du discours. Il y a eu des actions communes avec les postiers, avec les cheminots… Il y a une attaque globale, la réponse doit être collective. » De fait, des étudiants parisiens participent aux actions d’autres secteurs :

Le mardi 24 avril, une manifestation de cheminots et d’étudiants avait lieu dans la gare du Nord :

Le soir même, les secteurs en lutte convergeaient sur le port de Gennevilliers : étudiants, postiers, cheminots, retraités, environ 200 personnes sont venues manifester leur soutien aux salariés en lutte de l’entreprise Géodis qui réclament « de meilleures conditions de travail et moins de précarité » :

https://twitter.com/BotFille/status/988855114977955841?s=20&t=fkWUQj-hZ3F5cX9sYNZbiw

Le 26 avril, les étudiants étaient aux côtés des postiers lors du blocage du centre de distribution de Puteaux.

Les salariés répondent également présents lorsqu’ils sont sollicités par les étudiants, comme lors de l’évacuation du centre Tolbiac à Paris.

Des salariés des secteurs public et privé ainsi que des associatifs ont répondu à l’invitation des étudiants de Nanterre ce vendredi 27 avril pour construire la convergence des luttes : cheminots, postiers, hospitaliers, travailleurs du secteur de l’énergie, Syndicat de la magistrature, salariés d’Air France, grévistes de la société Onet ou du groupe Carrefour, travailleurs de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), comité Adama Traoré… Tous se sont exprimés devant un public clairsemé mais attentif. En ce jour de « fête de la grève », plusieurs corps de métiers ont réaffirmé leur soutien aux étudiants : « Si vous avez besoin de nous, nous serons là ». Si la somme des revendications est parfois taxée d’être un peu fourre-tout, pour Isciane tout est lié : « De la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à celle de Bure en passant par les universités ou les banlieues, c’est une même logique répressive en action. En élargissant nos revendications, de nombreux étudiants se sont ralliés à la mobilisation. Il y a une vraie volonté de changer tout ça, pas seulement la loi ORE. On veut une société différente. »

(1) Staps : sciences et techniques des activités physique et sportives

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