Dossier : Démocratie : À la recherche du citoyen

Terminée, la représentation ?

Dégagisme, défiance envers les élus, abstentionnisme, manifestations d’ampleur… La crise de la démocratie française est profonde. Face à des élus atones, les Français multiplient les appels à plus de démocratie directe.

Cause toujours, tu m’intéresses : des places des grandes villes où est né le mouvement Nuit debout aux ronds-points occupés par les gilets jaunes, la critique est récurrente. En France, on peut bien signer des pétitions, envoyer des courriers à ses élus, les rencontrer, manifester – parfois même dans la violence –, rien n’y fait : face à l’État, à ses représentants, on est toujours devant un mur.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron fait ici figure de forteresse imprenable, même s’il a concédé un « grand débat national », aux résultats connus d’avance, ou lâché un peu de lest, le 10 décembre, aux salariés au Smic et aux retraités – « 10,5 milliards d’euros tout de même ! » plaident en chœur ses partisans. Mais si le Président mène une politique injuste et inégalitaire (suppression de l’ISF, hausse des APL…), il serait tout aussi injuste de lui imputer entièrement la crise politique que traverse le pays. Les manifestants de Nuit debout ne s’opposaient-ils pas au président François Hollande ?

D’autres signaux antérieurs ne manquent pas. En France, la démocratie va mal. La crise est telle que le pourtant très tranquille Conseil d’État s’en est inquiété, consacrant, en 2018, son étude annuelle à la citoyenneté. « Notre pays s’est construit sur l’idée d’une citoyenneté transcendante, qui réunit dans un même corps politique l’ensemble des individus qui forment la nation souveraine autour du triptyque “Liberté, Égalité, Fraternité”. Mais, aujourd’hui, ce même peuple doute », constate Bruno Lasserre, vice-président de l’institution, en avant-propos de l’étude. Car c’est bien du citoyen que la France est malade. Plus précisément : ce sont les citoyens français qui sont malades. Les individus investis dans la vie de la cité s’en sont détournés. « On a réduit la démocratie à une seule forme : celle de l’élection, de la représentation du peuple, qui n’est en fin de compte appelé à voter que pour choisir qui parlera à sa place », analyse Romain Slitine, maître de conférences à Sciences Po et auteur, avec Elisa Lewis, du livre Le Coup d’État citoyen. Ces initiatives qui réinventent la démocratie (1). « À quoi bon ? » demandent-ils en substance.

Défiance

La première fracture, et non des moindres, entre la démocratie et les citoyens est celle entre le peuple et ses représentants. « Tous pourris », dégagisme, votes extrêmes… Les manières d’exprimer son désaccord avec les politiques sont multiples. « Les Français ont le sentiment que la démocratie fonctionne mal, explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Le premier symptôme de la crise de la représentation est la forte abstention aux élections. » Signe d’un lien représentants-représentés très abîmé, son taux explose ces dernières années : presque 57 % des électeurs n’ont pas voté aux élections législatives de 2017. Un record. Comment l’interpréter, sinon comme une défiance ? « Il y a un problème démocratique quand on voit par exemple que, sur le glyphosate, 80 à 90 % des personnes se prononcent contre dans les enquêtes d’opinion, et que le gouvernement dit : “On va sortir du glyphosate mais on ne va pas l’inscrire dans la loi.” Dans nos institutions, il n’y a pas la possibilité de s’exprimer entre deux élections », attaquait le 13 septembre dernier le documentariste Cyril Dion, auteur du Petit Manuel de résistance contemporaine (2) dans une interview au magazine Kaizen.

Cette défiance des Français à l’égard de leurs représentants s’étend aussi aux corps intermédiaires : les partis politiques en premier lieu, mais aussi les organisations syndicales (seuls 11 % des salariés étaient syndiqués en 2016, selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques).

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