Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Europe : Bolkestein n’est pas mort

Le projet de réforme de la directive services, dit « Bolkestein », n’est pas enterré, malgré les réticences exprimées par plusieurs Parlements nationaux, notamment le français. Le texte, qui renforcerait le contrôle de la Commission sur le marché des services, lui offrant même un droit de veto sur les lois nationales dans 79 secteurs allant de la garde d’enfants à l’énergie en passant par l’approvisionnement en eau, a été relancé lors du Conseil « compétitivité » de l’UE, le 18 février. Un acharnement que l’ONG Corporate Europe Observatory impute à un puissant lobbying des secteurs intéressés, dont elle dévoile, documents à l’appui, « la relation très étroite » avec l’UE sur ce dossier.

États-Unis : Trump en mur et contre tous

Trump a dégoupillé l’arme nucléaire : pour financer son « mur » anti-immigration à la frontière mexicaine, auquel il s’accroche comme à son premier doudou, il a décrété l’« urgence nationale », qui lui permet de piquer dans la caisse du budget fédéral sans l’accord du Congrès. Du coup, même son camp s’alarme de ce dangereux précédent, car l’« urgence nationale » est normalement prévue pour les cas… d’urgence nationale : catastrophes naturelles, guerres, etc. « Pour un président démocrate, l’urgence nationale pourrait être le changement climatique », s’est ainsi inquiété le sénateur de Floride Marco Rubio, qui ne voit aucun rapport entre les mots « urgence » et « climat ». La leader des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, a elle suggéré qu’un président démocrate utilise à l’avenir cette arme constitutionnelle pour agir contre… les armes à feu, si chères à la droite états-unienne.

Vers une renationalisation du nucléaire

Demi-tour. Le président d’EDF a jusqu’à la fin de l’année pour présenter à son actionnaire majoritaire, l’État (84 %), un plan de renationalisation de l’activité nucléaire et des grands barrages. L’entreprise cotée en Bourse depuis 2005 souffre des coûts prohibitifs du nucléaire et d’une dette abyssale. Mais ce retour en grâce du public ne doit pas concerner les activités florissantes comme le renouvelable, la distribution et la commercialisation, ce qui suppose un nouveau saucissonnage de l’électricien. Les opposants à la mise en concurrence de la gestion des barrages hydroélectriques trouveront en revanche dans cette volte-face un argument supplémentaire pour la défense du modèle public.

Réfugiés politiques : Paris trahit pour plaire à Salvini

Les « progressistes » de la macronie ont l’air de vouloir tenter une facile, démagogique et bien pratique réconciliation avec Rome sur le sujet des réfugiés politiques italiens des années dites « de plomb ». « Il n’y a aucune raison de s’opposer à une éventuelle extradition », a tranquillement déclaré le 18 février Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, piétinant la parole de la France à leur égard, exprimée en 1985 par le président François Mitterrand, qui s’engageait à ne pas livrer les anciens activistes des années 1970. Pour plaire à l’homme fort d’Italie, Matteo Salvini, héraut de l’extrême droite européenne, Paris se prépare donc à lui livrer une poignée de sexagénaires, après les avoir protégés pendant près de quarante ans. Tout rapprochement avec une autre période de l’histoire où la France a livré des réfugiés politiques à une puissance étrangère serait bien sûr malvenu…

Espagne : La figure de Franco planera sur les élections

Les indépendantistes catalans ont manifesté nombreux samedi 16 février dans les rues de Barcelone pour exiger la libération de leurs leaders, dont le procès a débuté le 12 février. Le lendemain, les unionistes, favorables à l’Espagne, ont échoué à y rassembler du monde. Peut-être avaient-ils déjà en tête les élections législatives espagnoles anticipées, convoquées le 28 avril par le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez après le rejet de son budget, faute de l’appui des partis catalans qui exigeaient en échange de leur vote un référendum d’autodétermination. Les forces de droite, Parti populaire et libéraux de Ciudadanos, font déjà une campagne très tournée sur le thème de l’unité de l’Espagne, à l’unisson du parti d’extrême droite Vox, crédité de 10 % dans les sondages. Mais les socialistes tentent d’éviter que la question catalane ne monopolise la campagne. Pedro Sanchez a en effet enclenché le processus d’exhumation de la dépouille de Franco du Valle de los Caidos (construit par des milliers de prisonniers républicains). Avec ce geste emblématique pour la gauche, il cherche à rattraper des électeurs de Ciudadanos, qui se droitise toujours plus, et de Podemos, en pleine crise interne. Près de quarante-cinq ans après sa mort, le dictateur revient au cœur du débat politique.

Pédophilie dans l’église : grâce à la justice, Grâce à Dieu évite la censure

Le film de François Ozon ne sera pas exclu des salles de cinéma à cause du père Preynat. Consacré au scandale de la pédophilie dans l’Église catholique française, inspiré par les révélations de l’association La Parole libérée (qui rassemble les victimes d’abus sexuels commis entre le début des années 1970 et 1990 par le père Preynat, protégé par le diocèse de Lyon), le film a failli ne pas sortir. En effet, les avocats du prêtre avaient demandé en référé un report de la sortie tant que le procès n’avait pas eu lieu, se prévalant (sans scrupule puisque Preynat a reconnu les faits) de la présomption d’innocence. Or ce procès n’est pas prévu avant la fin de l’année 2019, ce qui aurait renvoyé la possibilité de voir le film aux calendes grecques. La justice en a heureusement décidé autrement, soulignant que les cartons accompagnant le film (en ouverture et à la fin) ne justifiaient pas les mesures demandées. S’agissant d’une œuvre de fiction, saluée par le festival de Berlin, le cas contraire aurait relevé de la censure, outre l’indignation des victimes et de leurs proches qu’aurait suscitée une telle décision, et le risque de voir retarder une fois de plus un débat national.

Le Vatican sort les rames

La barque catholique navigue dans les scandales pédophiles depuis des années, mais les voies d’eau s’élargissent et le pape écope. Il a frappé fort en défroquant un cardinal américain, Theodore McCarrick, jugé coupable d’actes sexuels « contre des mineurs et des adultes ». Interdire de messe un tel dignitaire est inédit.

Ce 21 février, le pontife a aussi convoqué à Rome le gratin des évêques du monde entier, pour une conférence où seront entendus experts et victimes de violences sexuelles commises par des prêtres. Pas sûr que ces efforts suffisent. D’autant que certains résistent : l’église espagnole, par exemple, refuse toute introspection.

La hiérarchie catho est par ailleurs mise en accusation de double langage et d’hypocrisie par la sortie du livre de Frédéric Martel, Sodoma (Robert Laffont), vaste enquête montrant que la moitié des prélats du Vatican sont homosexuels et souvent les plus homophobes.

Au même moment, c’est l’ambassadeur du pape en France, Luigi Ventura, qui est visé par deux plaintes pour attouchements sur deux employés de la mairie de Paris. Le nonce a touché les fesses de ces deux hommes lors des cérémonies des vœux d’Anne Hidalgo, en 2018 et en 2019. Selon des témoignages publiés par plusieurs médias, dont La Croix, Luigi Ventura est coutumier du fait…

La photo de la semaine : La crise politique embrase Haïti

© Politis

En raison des manifestations et des blocages de rue, les dépôts d’eau et les stations d’essence n’ont pas été approvisionnés, ce qui occasionne de nombreuses files d’attente, comme ici à Port-au -Prince. Depuis le 7 février, des manifestations contre la cherté des produits de base paralysent le pays, les Haïtiens réclament la démission du gouvernement, et dénoncent la corruption du pouvoir.


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